Revoir Thonon-les-Bains

Reverrai-je Thonon-les-Bains ? J’en doute . J’ai aussi peu de chances de retourner me promener sur les rives du Léman que d’arpenter les plages de Vendée ou les sentiers du Queyras. Il faut sans doute s’accommoder du jamais plus avec le sourire, un sourire facilité par la remontée des souvenirs.

Et des souvenirs associés à Thonon-les-Bains, Dieu sait si j’en ai. Pendant quatre ans, de 1993 à 1996, mes élèves et moi y passâmes quelques jours, à la fin de ces mois de mai. A l’époque avait lieu à Thonon-les-Bains un festival national de théâtre lycéen, où des groupes venus des quatre coins de France présentaient leur travail. Nous eûmes cet honneur, quatre fois de suite. J’avais le goût de proposer à mes jeunes des projets ambitieux, sur des textes difficiles. Ils relevèrent chaque fois le défi avec brio. En 1993, ce fut Jacques ou la soumission, d’Eugène Ionesco. L’année suivante, nous présentâmes le spectacle dont je suis sans doute le plus fier ; il s’agissait, sous le titre Désir aboie dans le noir, d’un montage de textes de Henri Michaux. En 1995, nous jouâmes L’Atelier volant, de Valère Novarina, en présence de son auteur. Il eut la bonté de confier à un journaliste qu’il avait mieux compris certains moments de son texte en nous voyant le jouer. J’ai eu l’humilité de me dire que c’était parce que nous l’avions mal joué. Humilité excessive, peut-être, mais je n’ai pas eu l’occasion de l’interroger pour en avoir le coeur net. En 1996, des difficultés de fonctionnement nous permirent de présenter seulement un montage de textes de divers auteurs, sous le titre Personne ne nous empêchera d’exister. Titre prémonitoire ? Optimiste en tout cas. J’ai toujours aimé faire interpréter à mes jeunes des textes qui n’avaient pas été écrits pour le théâtre et, quand mon souvenir me fait revoir notre interprétation, sur la scène de Thonon,  de tel passage des Carnets du sous-sol, de Dostoïevski, l’émotion m’étreint.

En 1994, l’année où nous jouâmes Michaux à Thonon, un jeune homme de seize ans brillait dans la distribution des pièces que montait Brigitte, son professeur de lettres, qui lui confiait des rôles importants et difficiles. C’était dans une ville de France très éloignée de la nôtre. Plus tard, ils se sont mariés. Il s’appelle Emmanuel Macron. Peut-être les avons-nous croisés à Thonon-les-Bains. Si ce fut le cas, tout l’honneur aurait été pour nous.

Jacques ou la soumission, d’Eugène Ionesco
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