Être un arbre

J’aurais voulu être un arbre. Plus j’avance en âge, plus la condition d’arbre me paraît préférable à celle d’être humain.

Quel arbre aurais-je voulu naître ? Parmi tous ceux qui, au long des années, m’ont enchanté, fasciné, le choix est difficile. Un peuplier d’Italie, tel que ceux qui bordaient les rivières de ma jeunesse ? Celui, au tronc puissant, à l’ombre duquel j’aimais lancer ma ligne, guettant le gardon ? Me dresser, dans la lumière de juin, au coeur d’une de ces pinèdes parfumées de mon enfance ? Être un de ces chênes puissants, pluricentenaires, au tronc rectiligne, ou bien noueux, tortu ? Ou bien chêne vert au feuillage si serré, si vraiment royal ?

Un léger mistral avive le bleu du ciel. Partout les arbres s’y élancent, s’y déploient, y dansent, y chantent leur musique, micocouliers, mûriers, pins d’Alep, cyprès, arbousiers, oliviers, cerisiers, platanes, tant d’autres, noyant les demeures des hommes, escaladant les collines. Contagieuse gaieté de ces balancements de verdure feuillolante, ses innombrables menottes ovationnant l’azur. Que serait un monde sans arbres ? Comment vivre privé d’une telle beauté, sans cesse renouvelée, toujours sereine, inépuisablement somptueuse ?

Exempts de la fatalité qui contraint les animaux dont nous sommes à courir sans cesse en quête de leur nourriture, les arbres, eux, la puisent, ainsi que leur énergie, pendant de longues années, là où surgit leur première pousse, dans la lumière où baigne leur feuillage, dans la terre où plongent leurs racines. Oiseaux, écureuils, toutes sortes de bestioles profitent de leur hospitalité paisible.

Depuis quelques années, nous en savons bien plus sur les arbres que ce que nos parents savaient. Nous savons qu’ils échangent des informations, qu’ils développent individuellement et collectivement des stratégies contre parasites et prédateurs. Nous savons qu’ils perçoivent, qu’ils ressentent. Nous ne sommes plus éloignés d’admettre qu’ils pensent.

Mais comme tant d’être vivants, les arbres subissent les agressions du plus redoutable des prédateurs : l’homme. Partout la déforestation étend ses ravages, avec toutes les funestes conséquences qu’on connaît.

Auprès de arbres, j’ai toujours vécu heureux. Puissé-je ne jamais m’éloigner des arbres. Puissé-je jusqu’à ma fin apprendre de leur sagesse.

Paul ValéryDialogue de l’arbre

Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres

Georges Brassens, Auprès de mon arbre

Alain Corbin,  La douceur de l’ombre 

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