Et bonne année grand-père !

Sur un site que je fréquente assez régulièrement, un intervenaute se lamente :

 » Désespérance des jours qui se suivent et se ressemblent horriblement ! Assez de rêver sans relâche… »

Bof ! Rumination de vieux. Pour retrouver le moral, je lui ai conseillé de regarder, sur le site de Time/Life, la photo qu’Alfred Eisenstaedt fit, au début des années 60, à Paris, d’un groupe d’enfants assistant à un spectacle de marionnettes (je suppose qu’avec l’accord du marionnettiste, il s’était planqué dans le castelet, de façon que les enfants ne repèrent pas sa présence). En voilà bien pour qui le temps n’apporte pas un éternel et assommant recommencement. La minute d’avant était bouleversante, celle d’après ne le sera pas moins. Stupéfiés, les yeux grands ouverts. Et quelle énergie juvénile dans tous ces regards, dans ces gestes. Magnifique leçon de vie ! On n’est pas là pour s’emmouscailler, on est là pour voir le défilé !

Dans ces années-là, je traînais mes guêtres à Paris, mais déjà trop vieux (trop usé, déjà ?) pour me laisser envoûter par un spectacle de marionnettes ou de guignol. Que sont-ils devenus, ces enfants ? Certains se sont-ils reconnus sur ce cliché célèbre ? Peut-être aura-t-il favorisé des rencontres, des amitiés, des amours ?

Il n’est pas vrai pourtant que la faculté de croire à ce point à la réalité d’une fiction soit réservée aux enfants. Après tout, j’ai bien pleuré à chaudes larmes en lisant, dans  Illusions perdues, les pages où Balzac raconte le désespoir de Lucien après la mort de Coralie. Je devais avoir dans les quarante ans. Plus tard, à Saint-Raphaël, dans une salle de cinéma jouxtant la salle Félix-Martin, où moi-même, je me produisis dans le rôle de Lucien (pas celui de Balzac, celui de Feydeau, dans Feu la mère de Madame, et dieu sait si j’y croyais!), j’assistai à la projection d’Elephant Man ; la salle était pleine d’un public jeune (dans les vingt ans) qui réagissait au premier degré et au quart de tour, insultant le méchant, encourageant la pauvre victime ! Le spectacle n’était pas moins dans la salle que sur l’écran !

Puissions-nous, au long de cette année nouvelle et au long des suivantes, garder, en dépit de tout ce que nous savons, en dépit des horreurs du monde, et peut-être surtout à cause d’elles,  la fraîcheur naïve de nos réactions enfantines. Ces enfants assistaient, d’après la légende de la photo, à une adaptation de l’histoire de Saint Georges et du dragon. On voit bien de quel côté ils étaient. Du côté du bon, contre le méchant. Que leur exemple nous serve à préserver notre capacité de nous indigner contre les méchants ! mais aussi de nous émerveiller du beau et du bien. Nous ne sommes pas faits pour les passions tristes mais pour les passions vivifiantes.

Et n’oublions pas le pouvoir qu’ont certaines fictions de réveiller en nous ce que nous avons de meilleur. Sans compter des images comme celle-là.

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