» L’enterrement à Ornans  » , de Gustave Courbet : l’importance du choix du format

Le choix du format du tableau est, pour un peintre, uns des paramètres essentiels de sa création. Certains peintres (Paul Klee par exemple) ont une préférence marquée pour les petits formats, d’autres ont besoin de beaucoup plus de place pour donner la mesure de leurs dons. La première fois que j’ai vu Un enterrement à Ornans, de Gustave Courbet, au Musée d’Orsay, j’ai été stupéfait. Jusqu’à ce moment, je ne connaissais l’oeuvre que par des reproductions dont les dimensions atteignaient au plus celles d’un livre d’art de grand format. Quand j’ai vu cette toile immense (plus de 6m de long sur 3 de haut), j’ai pu mieux la comprendre. Pour une scène de la vie quotidienne dans une petite ville, presque un village, Courbet choisit un format réservé jusque là aux « grands » sujets (histoire, mythologie…). Du coup, ces villageois, ce curé, assemblés autour d’une tombe,  acquièrent une monumentalité, une stature tragique impressionnantes. La force, la rudesse de cette scène, presque violente dans son immobilité, doivent beaucoup aussi à la frontalité, à la maîtrise avec laquelle les couleurs sont réparties. Mais le format contribue fortement à conférer à l’oeuvre la valeur d’un manifeste de la peinture moderne ainsi que sa charge d’humanité, indissociable de son sens politique.

Sens politique… Lorsque le tableau fut exposé pour la première fois, la critique bien pensante se déchaîna contre cette oeuvre qu’elle jugeait triviale, vulgaire, ignoble! Comment pouvait-on peindre des gens si laids? Ces gens si laids n’étaient autres que les concitoyens de Courbet à Ornans; beaucoup d’entre eux ont d’ailleurs pu être identifiés. Ils sont vus ici de face, à quelques mètres, et ils sont peints grandeur nature. Celui qui les peint est un d’entre eux, il est avec eux. Ce que peint Courbet, c’est la réalité et la vie telle qu’elles sont, dans leur dignité rude, sans chichis. Et il le fait juste après la Révolution de 1848, juste avant le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte. Son art est une arme dans un combat idéologique et politique.

Quand j’ai vu le tableau à Orsay, il était accroché à une certaine hauteur, si bien que le spectateur voyait la scène, en quelque sorte, « en contre-plongée ». A mon avis, c’était une erreur. Il faut voir ce tableau comme l’artiste l’a peint : à hauteur d’homme.

Gustave Courbet, Un Enterrement à Ornans  (Musée d’Orsay)

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