» Catch me if you can  » (Steven Spielberg)

Quel bonheur que ces films dont les grands studios américains ont le secret, et qui savent toucher le grand public en lui proposant un divertissement habilement mené, qui s’adresse à la fois à sa sensibilité et à sa réflexion. Pour peu que le maître d ‘oeuvre soit un grand metteur en scène, ces films deviennent rapidement des classiques. C’est le cas avec Arrête-moi si tu peux ( « Attrape-moi si tu peux » aurait été plus fidèle et plus juste pour traduire le titre original, Catch me if you can, sans compter que la possibilité d’une allusion/clin d’oeil au roman-culte de J.-D.Salinger, The Catcher in the rye, dont le héros est aussi un adolescent en rupture, restait préservée). Steven Spielberg, au sommet de son art, signe là un film à la fois drôle, émouvant et grave sur les thèmes du lien de paternité,  de la quête d’identité, de l’art difficile de devenir adulte, de la fascination du jeu à la fois illégitime et nécessaire, du pouvoir de l’illusion, des innombrables failles d’une société aussi complexe que les réseaux informatiques et donc aussi fragile,  au fil d’une histoire qui est aussi (et peut-être surtout) un récit d’apprentissage. Des moments très forts et très beaux témoignent de la maîtrise du metteur en scène, comme cette séquence clé– admirablement mise en place et filmée — du tunnel de l’aéroport, où tant de choses sont dites, où tout dans l’image tend à être signifiant, mais ne peut y  parvenir que parce qu’elle est prise dans un continuum d’images, de langage et de sons qui entrecroisent, et tissent tout un réseau de signifiants, tous, en définitive, polysémiques. Leonardo di Caprio interprète brillamment le rôle de ce très jeune homme surdoué qui devient en un tournemain un escroc international recherché par toutes les polices. Tom Hanks lui renvoie la balle avec un égal brio. Les rôles secondaires sont remarquablement interprétés eux aussi, dont celui de la mère, où le charme ambigu de Nathalie Baye est subtilement utilisé par le metteur en scène. On voit sur ce cas tout ce qui sépare le travail d’un acteur de cinéma de celui d’un acteur de théâtre. Des acteurs célèbres se sont parfois imaginé pouvoir tourner un grand film en préposant à la mise en scène un tâcheron de second ordre et en tablant sur leur omniprésence dans le film et sur leurs dons d ‘acteur. Ce fut, à l’occasion, l’erreur d’un Depardieu ou d’un Delon. Mais Delon n’est magique, dans Plein soleil, que parce qu’il y a, sur lui et sur l’histoire qu’il interprète, le regard de René Clément.

 

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