Estro Armonico

1711, l’année de la publication de l’Estro Armonico, compte sûrement parmi les dates majeures de l’histoire de la musique européenne. Non que Vivaldi soit l’inventeur de la  forme concerto, mais il la porte à un de ses premiers points de perfection, adoptant notamment les trois volets (rapide / lent ou modéré / rapide) que tant de compositeurs reprendront après lui.

L’auditeur de ces oeuvres est immanquablement conquis par l’inépuisable invention mélodique, la vitalité rythmique d’une musique toujours immédiatement reconnaissable et pourtant jamais la même, création d’un compositeur en état de grâce. Des musiciens aussi prestigieux qu’un Jean-Sébastien Bach,  qui transposera pour le clavier plusieurs de ces concerti, succomberont à leur puissante séduction.

Comment classer cette musique ? Ce n’est pas une musique descriptive, comme le seront plus tard les concerti regroupés dans Il Cimento dell’armonia e dell’invenzione (dont les célèbres Quatre saisons ). Elle n’a rien non plus d’une musique « préromantique » : toute confidence, toute expression d’états d’âme personnels  de l’artiste en sont radicalement absentes. Si elle exprime des états d’âme, ceux-ci prennent un caractère de généralité et d’impersonnalité : allégresse, ivresse de la danse, mélancolie, fierté, paix intérieure, solennité…, en somme, une musique d’inspiration toute classique.

Musique souvent virtuose dans les mouvements rapides, mais la virtuosité n’y prend jamais le caractère de démonstration des possibilités de l’instrument et de l’interprète qu’elle aura parfois plus tard, comme chez un Paganini. Les séquences de virtuosité y sont le produit nécessaire du développement de l’idée musicale. Ici, la diversité et la fantaisie en apparence inépuisable des variations de cette idée masque à peine une souveraine rigueur. Ainsi l’ensemble de l’ouvrage accomplit les promesses de son titre : oui à la fantaisie, pourvu qu’elle soit au service de la reine Harmonie, elle dont Haendel, plus tard, dans son  Ode à Sainte Cécile, chantera les louanges.

L’ensemble Café Zimmermann , de Céline Frisch et Pablo Valetti, un des meilleurs ensembles baroques de l’heure, est rompu à l’esprit de cette musique et à toutes ses difficultés techniques. Hier, le groupe formé en octuor ( quatre violons, un alto, un violoncelle, une contrebasse, clavecin) interprétait quatre des concerti de l’Estro armonico (RV 565, 230, 414, 567, 265 et le célébrissime RV 522 en la mineur). Interprétation magistrale. Mention spéciale aux quatre solistes (Mauro Lopes Fereira, Nicholas Robinson, Fabio Ravasi (violons) et Petr Skalka (violoncelle). Le concert est irremplaçable pour bien apprécier la participation de chacun, ce qui était le cas hier dans une salle dont l’acoustique est bonne. A regretter (peut-être) l’extrême discrétion du clavecin/basse continue; il est vrai que ces oeuvres ont été écrites pour exalter le chant des violons (et du violoncelle) ; on est loin de la place que tiendra plus tard le piano dans la musique de chambre.

Estro Armonico, concertos d’Antonio Vivaldi,  Ensemble Café Zimmermann. Direction artistique : Céline Frisch et Pablo Valetti.

Antonio Vivaldi, Estro Armonico – Libro secundo. Café Zimmermann ( Alpha Productions )

Publicités
Cet article a été publié dans musique. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s