Livres de chevet

Paul Celan, Pavot et mémoire.

Je l’avais emprunté dans une bibliothèque, en me promettant de l’acheter, estimant ne plus pouvoir me passer de ce livre-là : trop de mystère; trop de difficultés; trop de beautés; trop d’attractive puissance. Et puis, d’autres rencontres me l’ont fait oublier, d’autres attractions ont fait dévier ma trajectoire. Le goût des livres a ceci de commun avec celui des femmes qu’une nouvelle rencontre, exerçant à son tour un attrait puissant, vous fait oublier la précédente…

Pourtant survivent des fidélités. Ce sont ces livres qu’on appelle « de chevet ». Comme Ulysse, à portée de ma main sur une étagère. Aurai-je le temps d ‘une troisième lecture intégrale, à nouveau dans la belle traduction de Jacques Aubert? Suivrai-je encore jusqu’au bout les errances de Bloom? Entrerai- je un peu plus dans la compréhension de ce livre difficile, encore souvent pour moi énigmatique?

 Ils sont tous là, si nombreux, sur les rayonnages autour de moi, dans une entropie toujours renaissante, qui n’est pas signe de froid mortel, mais de chaleur vivante.. Béatrix… Relire Béatrix avant les pissenlits. Ce n’était pas une urgence il y a dix ans, ça l’est devenu. Le problème avec la passion de la littérature, c’est que tout choix est douloureux, entre ce qu’on ne connaît pas encore, et ce qu’on voudrait connaître à nouveau. Baudelaire chante discrètement dans mon dos, sur la tablette du fond (pour l’atteindre, il faut déranger tous les volumes qui le masquent). Faulkner attend son heure, et Conrad, bien sûr. Relire Nostromo dans la traduction de Le Moal, sûrement supérieure à celle de Néel, c’est important.

Barques chargées de souvenirs, d’émotions et d’énigmes, toujours prêtes à appareiller.

Aucun autre amour ne m’aura fait vivre une telle continuité d’émotions, de joies, sans aucune ombre. Aucun autre n’aura su conjuguer, comme lui, passion et sérénité.

Bien  sûr, il y a l’extase, entre les cuisses de Caroline.

Bien sûr, il y a la rencontre des êtres bons, de ceux dont la beauté vous change la vie, rayonnant modèle. La bonté de ceux qui vous avouent avoir encore plus mal dans le corps des autres que dans le leur. Michaux l’a dit, dans un texte qui rayonne toujours pour moi. Mais elle, c’est pour moi qu’elle l’a dit.

Mais, à sa juste place, la passion de la littérature est une passion honorable.

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