Hommage au Président de Brosses

Chaque fois que, venant d’Aix-en-Provence par la RN7, j’entre sur le territoire de la commune de Vidauban, je laisse le volant à ma femme, je me mets à l’arrière, j’ouvre en grand la vitre, je me défroque, et je mets mon cul au grand air. Je reste dans cette position jusqu’à ce que j’aie quitté le territoire de la commune. Dans la traversée de l’agglomération, je demande à ma femme d’emprunter la nouvelle rocade, très pratique, plutôt que le centre-ville, toujours encombré, et où ça pourrait mal tourner, surtout que stationnent sur les trottoirs pas mal de jeunes gens issus de peuples qui ont déjà beaucoup trop souffert, et qui pourraient le prendre pour eux.

 

Quel affront m’ont donc fait les Vidaubannaises et Vidaubannais pour que je leur expose aussi effrontément mes parties intimes? Aucun. Ce sont gens courtois et agréables autant qu’ailleurs, et je n’ai jamais eu qu’à me louer de mes relations avec les citoyennes et citoyens de Vidauban, à l’exception d’un certain boucher, plus bête et méchant que cent taureaux, probablement mort depuis longtemps à l’heure qu’il est.

 

En réalité, aussi étrange que cela puisse paraître, mon geste est à interpréter comme un hommage à un grand homme, et comme une sorte de pèlerinage littéraire.

 

En effet, dans ses Lettres familières d’Italie, le célèbre Président de Brosses raconte que, faisant route vers l’Italie, l’idée saugrenue lui vint, à l’approche de Vidauban, d’aérer son cul et de l’exposer longuement à la portière de son carrosse, au grand ébahissement des paysans rencontrés.

 

Il avait aussi rebaptisé le village, lui donnant le nom, à son avis plus euphonique et plus suggestif, de Vit bandant .

 

Les voyages étaient longs, à l’époque, et il fallait bien tuer le temps. On s’amuse parfois de peu.

 

Président de Brosses : Lettres familières d’Italie, Mercure de France,  » le Temps retrouvé. »

 

J’en profite pour saluer mon ancien élève, Frédéric d’Agay, auquel on doit cette édition.

 

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