Céline vu par le tandem Duraffour / Taguieff

Lu dans L’Obs du 2 mars un article sur les réactions au livre d’Annick Duraffour et Pierre-André Taguieff, Céline, la race, le Juif. L’auteur de Bagatelles pour un massacre et des Beaux draps y est dénoncé comme un antisémite virulent  mais aussi comme un pro-nazi déterminé.

Dans le livre, les spécialistes et biographes de Céline les plus connus, tel son éditeur dans la Pléiade, Henri Godard, en prennent pour leur grade, taxés de « célinolâtres » complaisants. Ils ont  réagi avec indignation, ironie, virulence.

L’un des deux auteurs, Pierre-André Taguieff est Juif, connu d’autre part pour son goût des polémiques outrancières et injustes. Attendre de lui, sur le cas Céline, une attitude moins partiale serait sans doute quelque peu naïf.

On n’a pas attendu la publication de ce livre pour savoir que Céline avait été un antisémite délirant et pour être informés de ses déclarations compulsives de sympathie pour Hitler et le régime nazi. On le savait depuis la parution de Bagatelles pour un massacre et des Beaux draps ! Ces ouvrages n’ont pas été réédités mais rien n’est plus simple que d’y accéder, via internet notamment. On  sait d’autant mieux tout cela que les auteurs taxés de complaisance par le tandem Duraffour / Taguieff , les Vitoux et autres Godard, ont fait clairement le point sur ces questions. Le même tandem affirme sans preuve que  Céline a dénoncé des Juifs, qu’il a été au courant de la solution finale dès 1942, et qu’il était un indicateur stipendié des services allemands. De ce dernier forfait, Sartre avait déjà accusé Céline, provoquant une réaction furibarde de l’intéressé.

Mais la partie la plus fragile et la plus discutable de ce livre relève de la volonté de ses auteurs de remettre en question la place — éminente — de Céline dans la littérature française du XXe siècle. A leurs yeux, il serait un écrivain surfait, dont la vision du monde sans nuance n’apporterait rien.

On a bien le droit, bien entendu, de ne pas apprécier les romans et récits de Céline et de rester hermétique à son écriture, à sa thématique, à sa vision du monde. Cependant très nombreux — j’en suis — sont ceux qui, l’ayant lu intégralement et longuement pratiqué, le considèrent comme un artiste majeur de la première moitié du XXe siècle, à l’égal d’un Proust, sensibles qu’ils sont à l’originalité puissante de son écriture, au service d’une approche visionnaire du réel, sans compter d’autres vertus telles qu’une vis comica digne d’un Rabelais des temps modernes. Quant à moi, j’estime qu’en tant qu’artiste, Céline offre un cas exemplaire, son oeuvre n’ayant cessé de progresser en force et en rigueur, de Voyage au bout de la nuit à la Trilogie allemande, oeuvre qu’il serait difficile de considérer comme une entreprise de propagande pro-vichyste et pro-nazie !

Ce qui fait rager les anticéliniens compulsifs tels qu’un Pierre-André Taguieff, c’est que l’oeuvre d’imagination de Céline est indemne de tout soupçon d’antisémitisme, de racisme et de sympathies nazies, et qu’il est impossible à tout lecteur de bonne foi de la mettre dans le même sac que les pamphlets et qu’une partie de la correspondance de l’écrivain.

Ce que Pierre-André Taguieff et Annick Duraffour ne sont sans doute pas près d’admettre, c’est que Céline offre un exemple quasi parfait de la justesse de la thèse de Marcel Proust — un écrivain dont il n’appréciait pas l’art, aux antipodes du sien — selon qui, pour comprendre et évaluer une oeuvre littéraire, il est indispensable de ne pas confondre le moi de l’artiste avec celui de l’homme ordinaire. La démarche du premier, les problèmes qu’il s’efforce de résoudre, sont sans commune mesure avec les opinions, les prises de positions et les actes du second. Ainsi, ces textes admirables que sont Guignol’s band et Casse-pipe sont contemporains des Beaux draps, où les obsessions les plus révoltantes de l’homme Céline s’étalent sans vergogne. Ne mélangeons pas ce torchon avec ces serviettes.

Du temps où j’enseignais la littérature contemporaine dans des classes de lycée, j’ai étudié avec mes élèves des passages du Voyage, de Mort à crédit ou de D’un château l’autre. Ces passages figuraient en bonne place dans d’excellents manuels. Je n’ai pas eu de peine à les convaincre du génie d’un écrivain que j’admirais. Je ne me suis pas étendu sur son antisémitisme ni sur son attitude pendant la guerre. Non que je fusse motivé par le noir  dessein de dissimuler tout cela, mais, tout simplement, ce n’était pas le sujet.

 

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Madame Bovary, c’est moi ?

Il n’est pas sûr, on le sait, que Flaubert ait jamais prononcé ni écrit (sans point d’interrogation) ce mot devenu célèbre. Quant à moi, je trouverais très normal qu’il l’ait dit ou pensé. Ce qui m’intrigue davantage, c’est qu’il soit si rare, à ma connaissance, que ses lectrices et lecteurs ne le prennent pas plus souvent à leur compte. En tout cas, ne pas se reconnaître, peu ou prou, dans l’héroïne de Flaubert, c’est faire preuve, à mon avis, d’une grande hypocrisie.

Si les lecteurs de Madame Bovary ne se reconnaissent pas plus souvent dans l’anti-héroïne de Flaubert au point de s’avouer que  » Madame Bovary, c’est moi « , c’est qu’en général il la jugent bête et voient  dans cette bêtise la cause de ses malheurs. Bête, Emma ? Elle l’est certainement mais la question de son degré de bêtise, c’est la question du verre à-demi vide / à-demi plein. Or bêtes, nous le sommes tous, de la même façon : intelligents à certains égards, bêtes à d’autres.

Emma est une femme qui, dans un monde dominé par les hommes, tente de s’émanciper, ce qui n’est déjà pas si mal, à une époque où très peu de femmes s’y essayaient. Que ses tentatives soient maladroites, mal dirigées et contre-productives, j’en conviens. Elles n’en ont pas moins le mérite d’exister. En tout cas, il faut avouer que, vu l’envergure du minable Charles Bovary, on ne peut que l’approuver d’aller voir ailleurs. La question que tout lecteur de  Madame Bovary  devrait se poser, c’est de savoir comment, compte tenu de la situation dans laquelle elle était prise et des possibilités qui lui étaient offertes, Emma aurait pu aller plus loin sur le chemin d’une véritable émancipation. Il est clair que la solution n’était pas à chercher du côté de la passion amoureuse, magnifiée par un romantisme à la noix de coco. Perso, j’aurais conseillé à Emma de choisir plutôt la voie du cynisme à tout va et de la malhonnêteté la plus débridée. J’imagine une Emma, devenue la maîtresse adorée d’un Lheureux physiquement un peu moins répugnant, opposant à un Rodolphe acculé à la ruine et venu lui mendier vingt mille francs pour survivre, un superbe et froid « Je ne les ai pas » (alors qu’elle a un bas de laine de deux cent mille francs), sur quoi le Rodolphe s’en va piquer une fiole d’arsenic chez Homais. Voilà, me semble-t-il, une Madame Bovary-bis qui ne manquerait pas d’allure.

Emma aura assez correctement et rapidement jaugé la médiocrité de son mari. Ce n’est pas là une preuve de son manque d’intelligence. Il est dommage qu’aveuglée par quelques miroirs aux alouettes, elle n’en ait pas fait autant pour Rodolphe et pour Léon. Je tire personnellement (un peu tard, comme la plupart d’entre nous) une leçon majeure de la lecture de  Madame Bovary . On ne remerciera jamais assez Sartre d’avoir si souvent et si fortement mis l’accent sur la notion de situation. Je ne me rappelle pas si, dans  l’Idiot de la famille , il l’applique à l’art de Flaubert et au personnage d’Emma Bovary. De fait, nous sommes tous, à l’instar de l’anti-héroïne de Gustave (voilà qu’elle me fait penser à une pub pour Krisproll!), pris dans des situations qui, d’un individu à l’autre, sont toujours évidemment différentes. Le degré de réussite, toujours relative, d’une vie, est fonction du degré de liberté, toujours relative, conquise sur les contraintes induites par la situation. La conquête de cette fragile, modeste mais vitale liberté suppose l’intelligence, aussi aiguë (vise le tréma), aussi poussée que possible, des éléments de la situation. On devrait entraîner les enfants, le plus tôt possible, à cet examen lucide, à froid, de leur situation (cela inclurait une évaluation, parfaitement dépouillée d’affects, du rôle des parents, ce qui ne manquerait pas d’être assez rigolo). Sartre s’est livré, sur son cas personnel, à un semblable examen dans  Les Mots, jurant, mais un peu tard (comme la plupart d’entre nous), qu’on ne l’y reprendrait plus. Je rêve d’une Emma de dix-huit ans inventant, toute seule et comme une grande, de chic, quelques concepts marxistes et, pourquoi pas, freudiens. Ce qui est cruel, dans la destinée d’Emma telle que Flaubert la peint, c’est de ne pas avoir été capable d’arriver toute seule à l’intelligence des choses. L’intelligence des choses ! Elle vaut tellement mieux que nos stupides affects, nos irréalistes désirs et nos rêves dérisoires.

Si on ne met pas toute la compassion dont on est capable dans l’effort pour comprendre la destinée d’Emma Bovary, si on n’est pas capable de s’avouer et de dire, à l’instar de Flaubert,  » Madame Bovary, c’est moi « , je crains qu’on ne passe à côté de la plus grande et salutaire leçon de ce grand roman.

La compassion ? Plus que la bêtise, je vois dans le manque de compassion la cause profonde des échecs d’Emma. Ce qui va la perdre, c’est son égoïsme sans grandeur. On comprend pourquoi, à la fin du livre, Flaubert insiste sur la destinée misérable qui attend la fille d’Emma après la mort de ses parents. C’est à leur aveuglement et à leur égoïsme qu’elle la devra. Si au moins Emma avait été capable de se servir habilement des autres, voire de les manipuler. Mais non : pour cela il aurait fallu être capable de les comprendre, pour voir clair dans leur jeu.  La faiblesse d’Emma, c’est moins sa bêtise que sa médiocrité. Elle n’aura pas été une seconde Merteuil, encore moins une seconde George Sand. George Sand : l’anti-Emma Bovary.

 

 

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Il y a crime contre l’humanité et crime contre l’humanité

 » Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde « 

                                                                             ( Albert Camus )

A la vérité, Camus a dû reprendre l’idée à Socrate, qui l’avait proposée bien avant lui. Je n’ai pas retrouvé le passage dans Platon mais la formule de Camus me paraît fidèle à la pensée de Socrate.

En visite à Alger, Emmanuel Macron aura donc tenu des propos qui ont provoqué chez certains des réactions indignées.

 » La colonisation fait partie de l’histoire française, a-t-il déclaré. C’est un crime, un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie. Et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face, en présentant nos excuses à ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes « .

Ce qui aura provoqué ces réactions de fureur, à droite et parmi les rapatriés d’Algérie, c’est, bien sûr, la qualification de crime contre l’humanité. C’est aussi l’emploi de ce « nous » qui incite à considérer les Français d’aujourd’hui comme co-responsables, en tant que membres de notre communauté nationale, de crimes qu’ils n’ont pas personnellement commis.

A la vérité, l’épisode s’inscrit dans une longue série d’incidents et de polémiques engendrés par l’apparition dans le droit international, en 1945, du concept juridique de crime contre l’humanité. Il s’agissait à l’origine, de définir, de stigmatiser et de punir les crimes de masse commis par les nazis contre la communauté juive, mais aussi contre d’autres communautés et groupes humains, les tziganes, les homosexuels.

Fort bien. Le problème est venu de ce que  le nouveau crime a été déclaré rétroactif : on a dû considérer que c’était nécessaire, sinon on n’aurait pas pu juger les responsables nazis. On aurait certes pu les envoyer à la potence pour d’autres motifs — crimes de guerre, assassinats, actes de barbarie –, mais on a dû penser qu’aucune de ces qualifications ne rendait suffisamment compte de l’énormité du forfait. En outre, on a déclaré le nouveau crime  imprescriptible. En somme on n’a pu le créer qu’au prix de deux entorses majeures à deux principes essentiels du droit : la non-rétroactivité des lois définissant et punissant les délits et les crimes, et la prescription.

Une fois cet imbroglio mis en place, on n’en est plus sorti. Car, si la nouvelle disposition pénale est rétroactive, si, de plus, le crime qu’elle qualifie est imprescriptible, qu’est-ce qui  empêche de qualifier de crime contre l’humanité un ensemble d’actes commis (par exemple) vers 1840  et de réclamer sa punition ? Qu’est-ce qui empêche les descendants et héritiers des victimes d’exiger des réparations aux descendants et héritiers des supposés criminels ?

Il ne s’agit pas, bien entendu, de nier l’utilité de ces dispositions pour un passé proche (depuis 1945), pour le présent et pour l’avenir. Mais autre chose est de projeter dans un passé plus ancien, dont la connaissance devrait principalement relever aujourd’hui des investigations et des interrogations des seuls historiens, un concept récemment forgé. Les politiciens, militaires et idéologues du XIXe siècle défenseurs des entreprises coloniales qu’ils célébraient volontiers comme une mission civilisatrice, eussent été bien étonnés de s’entendre accuser d’être des criminels contre l’humanité, et tout autant la grande majorité de leurs concitoyens. Vers 1880 et bien plus tard en France, la présence française en Algérie était considérée comme normale et profitable à l’ensemble de la nation par la grande majorité des citoyens français. La légitimité de la colonisation française  en Afrique ou en Extrême-Orient n’était contestée par aucun des Etats de l’Europe d’alors.

Du reste, la conquête de l’Algérie à partir de 1830 n’inaugure pas le passé colonial de la France, dont les premières entreprises dans ce domaine sont aussi anciennes que celles d’autres nations européennes, l’Espagne, le Portugal, la Grande-Bretagne. La conquête et la colonisation du Nouveau Monde s’apparentent, du point de vue adopté un peu vite par Emmanuel Macron, à un gigantesque crime contre l’humanité auprès duquel la Shoah apparaîtrait presque comme un … détail. Si l’on ajoute les Pays Bas, l’Allemagne, l’Italie à la liste des pays colonisateurs, c’est presque toute l’Europe occidentale qui  tombe sous le coup de l’accusation de crime contre l’humanité pour cause de colonialisme.

Il n’y a pas lieu, bien entendu, de s’en tenir là. Un examen, même sommaire, des forfaits des diverses communautés humaines de la planète nous convaincra aisément que le crime contre l’humanité est aussi ancien que l’humanité elle-même.

A vrai dire, l’idée de qualifier la colonisation comme un crime contre l’humanité est bien  antérieure à notre époque. Comme le font remarquer, dans le Monde du 19 février, François Gèze et  Gilles Manceron,  » on la trouve esquissée dès le XVIIIe siècle sous la plume de Condorcet   » qui qualifiait en 1781 la première colonisation esclavagiste de « crime contre la morale » et de « violation du droit naturel ». Plus près  de nous, Jaurès, en 1908,  » appelait à la tribune de la Chambre les massacres de villages marocains des « attentats contre l’humanité« . Sans parler de tous ceux, évoqués par Gèze et Manceron, « qui plus tard dénoncèrent la « barbarie » des massacres du Nord-Constantinois en mai-juin 1945, celle de la révolte malgache de 1947 ou les guerres sans merci menées par l’armée française à partir de 1955 contre les nationalistes algériens et camerounais, les uns et les autres en lutte pour l’indépendance de leur pays ». Crime contre l’humanité, au sens où l’entendaient Condorcet et Jaurés, que l’usage systématique de la torture par l’armée française en Algérie ? Sans aucun doute. Vu la date des faits, ils pouvaient légitimement être caractérisés et poursuivis comme tels par une juridiction internationale. Mais peut-il en aller de même pour les massacres de villageois marocains dénoncés par Jaurès ?

En somme, Emmanuel Macron, lors de sa visite à Alger, a commis la maladresse de mettre dans le même sac des actes qui suscitent à bon droit notre horreur et notre indignation mais qui relèvent aujourd’hui de l’Histoire, avec des actes contemporains qui, eux, tombent sous le coup des dispositions internationales en matière de crime contre l’humanité. Il a entretenu la confusion entre crime contre l’humanité comme disposition du droit international et crime contre l’humanité comme abomination révoltant la conscience morale. Aussi d’aucuns ont-ils pu voir dans ses déclarations l’assentiment à une action intentée devant les instances internationales par les descendants des innombrables victimes de la colonisation française. Ce n’était sûrement pas le cas mais il faut faire attention à ce qu’on dit.

Il  a commis une autre maladresse, à mon avis, celle qui a provoqué la fureur des Pieds Noirs venus manifester à la porte de ses meetings, à Marseille et à Toulon.

Ces crimes contre l’humanité inséparables de la colonisation furent des crimes d’Etat, systématiquement organisés et perpétrés, dans tous leurs aspects, par les Etats successifs qui ont gouverné la France depuis la Renaissance jusqu’aux années 60 du siècle dernier. Certes, nombreux furent les individus qui participèrent directement à la mise au point et à l’application des actions les plus violentes, dirigées contre les populations civiles. Mais il serait absurde de juger coupables de complicité de ces crimes des populations entraînées massivement, bon gré mal gré, dans le devenir historique. Massivement, les Pieds Noirs ne sauraient aucunement être accusés d’une telle complicité, alors même qu’ils finirent par être les victimes d’un système qui, le jour où il s’écroula, les écrasa sous ses décombres. La mère d’Albert Camus devrait-elle être considérée comme complice du crime contre l’humanité que fut, historiquement, la colonisation de l’Algérie ?

Ce « nous » ambigu, dont la visée réelle et efficace ne saurait être que pédagogique, a été la seconde maladresse d’Emmanuel Macron, en suggérant une confusion entre un Etat et une population.

Macron a mal nommé les choses, en les disant trop vite et trop sommairement. Les politiciens prennent trop souvent le risque, surtout en période électorale, de réduire des réalités complexes à des slogans. Ce faisant, ils n’ajoutent pas seulement, comme le notait Camus, au malheur du monde ; ils ajoutent de la confusion et de l’à-peu-près, au risque d’égarer les esprits, et de voir se retourner contre eux leurs bonnes intentions traduites à la va-vite. Quitte à tenter, après coup, de recoller les morceaux, ce qui, souvent, ne fait qu’ajouter à la confusion.

Quant à nous, descendants et héritiers de ces Français d’autrefois, citoyens d’une France qui n’est plus celle d’autrefois, il nous revient de regarder en face le passé de notre pays, et de comprendre pourquoi et en quoi ses entreprises coloniales furent autant de crimes contre l’humanité, au sens où l’entendait Condorcet, afin d’en tirer les leçons pour l’avenir de notre pays et pour celui du monde. Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’un édifiant et réconfortant récit national, c’est d’un regard informé et lucide, c’est d’une réflexion éclairée par l’adhésion à des valeurs. Parmi celles-ci : avant d’être des citoyens français, nous sommes des citoyens du monde ; avant d’être des Français, nous sommes des humains. La colonisation française est morte parce que ses adversaires se sont dressés contre elle au nom de ces droits de l’homme qu’avait proclamés la première la Révolution française. La France coloniale est morte de l’insoutenable contradiction entre sa pratique et les principes dont elle prétendait se réclamer et qu’elle ne cessa de bafouer. Ni fleurs ni couronnes.

Regardons en face le passé colonial de la France, par François Gèze et Gilles Manceron  ( Le Monde du 19 février 2017 )

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Je suis une galaxie

Tout le monde (ou presque) connaît le texte célèbre des Pensées sur les deux infinis. On connaît moins en revanche, dans l’opuscule De l’esprit géométrique, le passage où Pascal pose la possibilité, voire la nécessité de ces deux infinis, celui de grandeur et celui de petitesse, à partir d’un raisonnement logique et mathématique simple :

 » Ainsi il y a des propriétés communes à toutes choses, dont la connaissance ouvre l’esprit aux plus grandes merveilles de la nature.

   La principale comprend les deux infinités qui se rencontrent dans toutes : l’une de grandeur, l’autre de petitesse.

   Car quelque prompt que soit un mouvement, on peut en concevoir un qui le soit davantage, et hâter encore ce dernier ; et ainsi toujours à l’infini, sans jamais arriver à un qui le soit de telle sorte qu’on ne puisse plus y ajouter. Et au  contraire quelque lent que soit un mouvement, on peut le retarder davantage, et encore ce dernier ; et ainsi à l’infini, sans jamais arriver à un tel degré de lenteur qu’on ne puisse encore descendre à une infinité d’autres, sans tomber dans le repos.

   De même, quel que soit un nombre, on peut en concevoir un plus grand, et encore un qui surpasse le dernier ; et ainsi à l’infini, sans jamais arriver à un qui ne puisse plus être  augmenté. Et au contraire, quelque petit que soit un nombre, comme la centième ou la dix-millième partie, on peut encore un concevoir un moindre, et toujours à l’infini, sans arriver au zéro ou néant.

   Quelque grand que soit un espace, on peut en concevoir un plus grand, et encore un qui le soit davantage ; et ainsi à l’infini, sans jamais arriver à un qui ne puisse plus être augmenté. Et au contraire, quelque petit que soit un espace, on peut encore en considérer un moindre, et toujours à l’infini, sans jamais arriver à un indivisible  qui n’ait plus aucune étendue.

   Il en est de même du temps. On peut toujours en concevoir un plus grand sans dernier, et un moindre, sans arriver à un instant et à un pur néant de durée.

  C’est-à-dire, en un mot, que quelque mouvement, quelque nombre, quelque espace, quelque temps que ce soit, il y en a toujours un plus grand et un moindre ; de sorte qu’ils se soutiennent tous entre le néant et l’infini, étant toujours infiniment éloignés de ces extrêmes.  »

Pascal n’applique pas explicitement ce raisonnement à l’Univers réel, mais on se dit qu’il n’en est pas loin. Je ne sais ce que pensent de ce raisonnement les physiciens et cosmologistes contemporains, en un temps où la vitesse de la lumière a été, depuis longtemps, posée par Einstein comme une limite indépassable (bien que, paraît-il, des expériences de laboratoire aient permis d’atteindre des vitesses supérieures) et où nous savons que, dans les parages du zéro absolu, tout mouvement des atomes semble s’arrêter.

Dans les Pensées, Pascal peint l’homme vertigineusement perdu entre l’infini de grandeur et l’infini de petitesse, et le lecteur se dit qu’il anticipe génialement sur les découvertes des physiciens et astronomes à partir de la fin du XIXe siècle. Certes, Galilée venait, à l’aide de son télescope, de reculer spectaculairement les limites de l’Univers connu mais, à ma connaissance, le microscope n’avait pas encore été inventé.

La Galaxie, dont notre soleil et son cortège de planètes occupent un canton reculé, s’étend sur quelque 80 000 années-lumière et compte entre 100 et 400 milliards d’étoiles. Elle fait partie d’un  » amas local » qui compte une soixantaine de galaxies. Cet amas local appartient à un « superamas », récemment baptisé Laniakea (« horizon céleste immense » en hawaïen) par les astronomes qui l’ont étudié. Laniakea s’étend sur 500 millions d’années-lumière et contiendrait plus de 100 000 galaxies. Rappelons que les limites de l’Univers connu dépassent légèrement les 13 milliards d’années-lumière…

Le lecteur des Pensées a beau avoir été prévenu, il n’en reste pas moins ahuri devant ces décomptes de l’espace et du temps. Pour paraphraser une chanson de Johnny, si ce n’est pas l’infini ça lui ressemble.

 »  Que l’homme, étant revenu à soi, considère ce qu’il est, au prix de ce qui est ; qu’il se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature ; et que de ce petit cachot où il se trouve logé, j’entends l’univers, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes et soi-même à son juste prix.

   Qu’est-ce qu’un homme dans l’infini ?  »

Pascal poursuit :

 »  Car enfin qu’est-ce qu’un homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout.  »

Un milieu entre rien et tout ? Vision optimiste qui place l’homme « au milieu », dans une position d’équilibre en somme, mais rien n’est moins sûr.

Spécialiste du raccourci humoristique (noir), Cioran, dans Aveux et anathèmes, note :

 »  Ce matin, après avoir entendu un astronome parler de milliards de soleils, j’ai renoncé à faire ma toilette : à quoi bon se laver encore ?  »

Car enfin, si on n’a pas recours au pascalien radeau de sauvetage (de la Méduse ?) de la foi, on est très vite amené à se demander à quoi rime l’existence de ce sous-ciron appelé l’homme, perdu sur ce trou du cul du monde qu’est la Terre, et à lui dénier tout sens et toute valeur.

Ce matin, lisant, sur le site de Pierre Assouline, la République des livres, un article sur Matthieu Galey, critique théâtral du siècle dernier, aujourd’hui bien oublié, je me suis pris à rire aux éclats en apprenant que ledit Matthieu Galey, mort prématurément vers la cinquantaine, aspirait à « laisser une trace ». Cette ambition me paraissait ne rimer à rien, n’appeler, dans sa dérision, qu’un rire hénaurme ! Une trace ! façon bave d’escargot, que lave la première pluie.

Soit. Mais j’avais tort. Question d’échelle. Que notre existence paraisse n’avoir ni sens ni valeur à l’échelle des superamas de galaxies, peut-être, mais alors lesdits superamas, perdus dans l’immensité du cosmos, n’en ont pas davantage. A notre échelle de sous-sous-cirons, vouloir laisser une trace à l’intention de nos descendants est concevable ; et pour le vivant, que sa vie ait pour lui du sens et de la valeur, on l’admettra  aisément. Pour lui seulement ? Pourquoi pas. « Une vie ne vaut rien, disait Malraux, mais rien ne vaut une vie ». C’est bien notre droit (et peut-être notre privilège) d’insuffler du sens et de la valeur à ce qui peut-être, n’en avait pas.

Les neutrinos sont sans doute les particules les plus infimes actuellement connues ( à moins que le boson de Higgs…). Produits par le soleil et les étoiles lointaines, ils sont dépourvus de charge électrique et quasiment de masse. A chaque instant des milliards de neutrinos traversent notre corps sans interférer avec nos atomes.

C’est qu’à l’échelle du neutrino nous sommes si grands ! Si la probabilité qu’un neutrino interfère avec un de nos atomes est infime, c’est que, d’abord, à 99,9%, nous sommes faits … de vide ; ainsi, quand un neutrino traverse notre corps, je me figure qu’il est dans une situation analogue à celle d’un vaisseau spatial perdu dans le vide intersidéral, recevant la lumière d’étoiles si lointaines ; à l’échelle du neutrino, la distance entre deux de nos atomes est comparable à celle qui sépare deux étoiles de la Voie Lactée. A l’échelle du neutrino, chacun d’entre nous est une galaxie, un amas d’atomes-étoiles fédérés par la gravité. Rien d’étonnant à vrai dire si, comme il est vraisemblable, les mêmes règles président à l’organisation de la matière à toutes les échelles du Cosmos. D’ailleurs, tout comme le Soleil, nous émettons, nous aussi, des neutrinos.

Je ne sais pas si tout cela a du sens, mais le fait est que, pour un instant, je me sens tout ragaillardi !

Additum –

 

Je me suis dit que,  si, à mon échelle, je suis structuré comme une galaxie, il n’y a pas de raison pour que les atomes qui en constituent les étoiles n’accomplissent pas, en un temps x, une révolution autour d’un centre gravitationnel, autrement dit un trou noir. Ceci posé, il  s’agissait de repérer ledit trou noir.

J’en étais là de mes réflexions lorsque, de passage à Aulnay-sous-Bois, je fis l’objet  d’un contrôle d’identité musclé de la part de deux pandores locaux. Probable astrophysicien à ses heures, l’un d’eux ne tarda pas à pointer l’emplacement de mon trou noir du bout de sa matraque télescopique. — Alors, tu vois quelque chose ? , lui demanda son collègue. — Penses-tu, lui répondit-il, il fait plus noir là-dedans que dans le trou d’un nègue !

Pour la science ,  n° 472 / février 2017

Les neutrinos     ( RBA, coll. Voyage dans le cosmos )

PascalPensées et opuscules  ( Classiques Hachette )

Laniakea. L’emplacement de la Voie Lactée est indiqué. Il paraît que la façon dont s’organise la matière galactique au sein de Laniakea évoque à s’y méprendre un réseau neuronal.
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Viva Satanas !

Entonnant le Quantique des Quantiques, je me suis présenté l’autre soir aux urgences de Dieu, espérant pouvoir plaider ma cause dans les meilleurs délais, de préférence devant Saint Pierre. Mais on sait ce qu’est devenu le service des urgences dans nos services publics en période de compression d’effectifs. Et Dieu sait s’ils sont débordés là-haut. Tous espèrent que le patron daignera s’apitoyer sur leur sort, mais beaucoup d’appelés peu d’élus, n’est-ce pas. Non seulement on m’a fait comprendre que Saint Pierre n’aurait pas le temps de consulter mon dossier et que je ne sais quel obscur sous-fifre s’en chargerait, mais en plus on m’a inscrit dans une catégorie, en fonction du degré d’urgence de mon cas. Si vous avez la chance d’être classé en catégorie U1, votre cas sera examiné dans les plus brefs délais. Si vous êtes en U2, vous attendrez deux éternités. Et ainsi de suite. J’ai été classé en U 257.

Tout déconfit, je redescendais les marches du palais quand un quidam à l’allure avenante (un peu la touche Fillon) s’enquit de mon cas. « Pourquoi n’allez-vous pas vous adresser au concurrent, me fit-il. Conditions très avantageuses. Services rapides et de haute qualité. — Le concurrent? — lui demandai-je — Satanas and Co, en bas à droite. Un ancien cadre de la boîte d’en-haut, qui en a eu marre d’être traité comme un sous-fifre, et pour des clopinettes. Allez le voir de ma part ! »

J’y suis allé. Très gentiment reçu par des hôtesses de charme. Le contrat a été vite signé, vu les avantages : on fait à peu près ce qu’on veut, et on est soutenu efficacement. En revanche, point de ces pesantes obligations du décalogue de l’Autre. Au contraire : plus on les tourne et les détourne, plus ça cartonne. Histoire de faire un test, j’ai souhaité gagner à l’euromillions le soir même. Bingo ! 150 millions in my pocket.

Une seule contrepartie : leur vendre mon âme. Tu penses si j’ai signé fissa ! C’est vrai, je me faisais l’effet de poursuivre une carrière d’escroc, déjà bien engagée là-bas dessous (comme aurait dit Giono). Leur vendre mon âme ? Plutôt deux fois qu’une : j’en ai pas !

 

 

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Au soleil des glorieuses

C’est vrai que les années 70, au siècle dernier, c’était pas mal. Peu de violence, chômage réduit, les salaires augmentaient régulièrement… Quant à moi, je parcourais avec délices la Côte d’Azur et multipliais les balades dans l’Estérel, avec mes petites amies. C’était bien. Mais c’est bien aussi, cette décennie 2010, en dépit d’une agitation dont, il faut bien que je l’avoue, je me fiche un peu. Ce ne sont pas quelques attentats ici ou là qui troubleront ma sérénité. Vive l’insouciance, et tant pis pour ceux qui paient les pots cassés. On n’est pas là pour cultiver la sinistrose. on est là pour voir le défilé (des macchabées).

Mes petites amies et moi, on piochait consciencieusement l’humus de l’Estérel, au pied de la barre de rhyolite adossée au bleu du ciel, sous le regard attendri et curieux de laies-cathédrales pas agressives pour un sou. J’en revois une (pas une laie, une petite amie) se pointant devant moi, souriante et pas mal dévêtue (il faisait chaud), me tendant entre le pouce et l’index un sou tout rond : un bronze de Faustine la Jeune ! ah là là… ça ne nous rajeunissait pas, et ça continue de ne pas me rajeunir. C’était l’époque où, dans les mosquées d’Afrique du Nord, on ne rencontrait plus guère que des vieux. Comme les temps ont changé.

Au fait, le temps de Faustine la Jeune, c’était le bon temps. Encore mieux que les années 70. Là où, dans l’Estérel, la forêt recouvre les pentes, ce n’étaient que des oliviers. Les Gallo-Romains du coin (enfin, certains d’entre eux) se la coulaient douce. L’âge d’or de l’Empire Romain…

Pourtant, quand Faustine la Jeune était dans sa splendeur, le christianisme était dans l’Empire déjà depuis plus d’un siècle. La déferlante monothéiste et les déferlantes barbares étaient pour demain, mais aucun des heureux païens qui se la coulaient douce au soleil de la Provincia ne s’en doutait ni ne s’en souciait. Pas de Zemmour, pas de Finkielkraut, pas de Renaud Camus ni de Richard Millet, pas de Yann Moix pour leur gâcher la sieste en leur prédisant le grand remplacement qui se profilait à l’horizon et des lendemains qui déchanteraient. Sourions donc au soleil d’aujourd’hui (enfin à celui de demain, car aujourd’hui il pleut à verse).

C’est vrai que les gens de nos générations seront passés entre les gouttes, comme les contemporains de Faustine la Jeune. J’avais embarqué la veille, gare de Lyon, dans le train de nuit, muni d’un billet gratuit d’officier de l’armée française que m’avait refilé mon futur beau-frère qui l’était, lui, officier. Cela m’avait permis d’observer les rondes de la police militaire qui évacuait, aux principales gares, les bidasses en fausse permission. Mais à moi, on ne me demanda rien, grade oblige. Elle m’attendait sur le quai, au-dessus de la place de la Liberté.  Il n’y avait pas si longtemps qu’on s’était vus, mais je ne me rappelais pas qu’elle était si belle. A tomber. Grande, brune, bronzée, dans son tailleur bleu pâle, avec son visage d’ange de Roublev. A tomber. D’ailleurs j’ai failli en tomber plusieurs fois en traversant la place de la Liberté. Les trente glorieuses, ce sera pour toujours la gloire divine de cette jeune femme tombée pour moi du ciel, dans le soleil matinal. Dans le car qui nous emmenait à la Capte, où habitait sa marraine, ma main dans la sienne, j’étais comme en apesanteur.

La Capte … En tout cas, moi, j’étais capté, et comment. Entre deux élans amoureux, j’allais faire du footing sur la plage, côté Est, entre le port d’Hyères et la presqu’île. Une belle plage de sable fin ; presque cent mètres de profondeur. J’y suis retourné, voici quelques années : il n’en restait quasiment rien. Tout a reculé : la plage, le christianisme, la culture occidentale et bien d’autres choses encore. Mais la lumière de mon amour brille comme au premier jour, et je chante toujours la gloire de son visage d’ange de Roublev. Et si je me bats pour vivre encore, ce n’est pas d’abord pour moi, on s’en doute. Et pour le reste, l’avenir du monde, je m’en balance un peu : j’aurai vécu. Après moi le déluge.

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Les dégâts de l’affaire Fillon

Tout-à-l’heure, j’accompagnais mes deux petits-enfants, retour de la maternelle. Tout au long du trajet, sur le trottoir, se bousculant et rigolant, ils n’ont cessé de clamer en choeur une comptine récemment apprise :

 » La Pénélope

Est une salope

Cacalope

Et son Fillon

Un gros couillon

Cacamion !  »

Ce qui devait finir par arriver est arrivé. Une dame BCBG, l’air outré, m’apostropha :

 » Vous devriez avoir honte d’apprendre à ces gosses de pareilles horreurs !

— Mais c’est pas moi, c’est ma m…, c’est la maîtresse …

— Vous demandez à votre maîtresse de composer ces chansonnettes !!! A l’intention de ces malheureux innocents ! Dans quel abîme d’ignominie…  »

C’est alors que ce qui devait arriver est arrivé. Un quidam, l’allure quelque peu égrillarde, genre bobo-anar, s’est arrêté.

Le quidam bobo-anar — Moi, je la trouve très chouette, cette comptine. C’est tout à fait comme ça que je vois les choses.

La dame BCBG — De couaille ? De couaille qu’il il se mêle ce gaucho de mes fesses !

Le quidam — Vieille peau botoxée ! Ton Fillon je l’en … »

J’ai jugé bon d’éloigner les enfants de ce qui prenait le tour d’une rixe. De fait, de la mêlée jaillissaient déjà bouts de barbe, baleines de corset et autres objets.

A la maison, j’ai tout de même jugé prudent d’appeler le Rectorat, histoire de vérifier si cette comptine était pédagogiquement labellisée. On m’a répondu que les services étaient débordés.

  » — Avec cet état d’urgence, vous pensez qu’on ne va pas se compliquer la vie avec des comptines de maternelle. Et puis, entre nous, le Fillon, il n’a que ce qu’il mérite. »

Juste avant de raccrocher, j’ai cru entendre des voix qui entonnaient :

 » La Pénélope

Est une …  »

Escalope !

Cette affaire Fillon, encore un germe de division pour notre pauvre pays, qui n’en avait certes pas besoin. D’ici que ça tourne à la guerre civile…

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