Daech dans nos murs !

Hier à matin, passant devant le stade, rencontré deux jeunes rebeus en petit short et chaussures à pointes,  assis sur les marches du parvis.

 » — Tu t’es préparé pour les Califes ? « , demandait l’un à l’autre.

Quels Califes, que je me suis demandé aussitôt. Ceux de Mossoul ou ceux de Rakka ?

 » — Je suis califié d’office « , a répondu l’autre.

On pense bien que je me suis précipité à la plus proche gendarmerie pour rapporter ces propos subversifs.

Pour tout commentaire du préposé, j’ai eu droit à un rire gras.

Et la protection des citoyens, on y pense ?

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Chose vue dans la montée de l’Izoard

La télévision a ce mérite de vous servir à chaud de ces choses vues qui vous réconcilieraient avec le sport cycliste sur route en dépit de toutes ces nauséeuses histoires de dopage. Cet après-midi, c’était, dans les derniers kilomètres de la montée vers le col d’Izoard, un gros con caricatural obèse, agitant je ne sais quel drapeau, braillant et gigotant dans tous les sens, la bedaine tressautant de façon obscène, qui tentait d’accompagner le coureur de tête, au risque de lui faire perdre l’équilibre à tout instant. Heureusement, il finit par accuser un retard de quelques longueurs. Survint alors un motard de la gendarmerie, parfaitement en équilibre sur sa rutilante machine, qui, remontant à la hauteur de l’hurluberlu, te lui  refila une méga-bourrade qui envoya dinguer l’ectoplasme tête première dans le fossé, assez profond, où il disparut. J’espère qu’il s’y fit très mal.


 

 

 

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Duo de macarons gratinés sur canapé

Gratiné, notre nouveau président. Fortement soupçonné de s’être gobergé à tout va à Las Vegas aux frais du contribuable. C’est le même qui, ses quinze ans à peine révolus, s’envoyait en-l’air avec sa prof de lettres. Toujours le même qui proclame que « la France » est coupable de la rafle du Vel’d’Hiv’. « Des Français », cela eût largement suffi, mais notre président se soucie peu de ces misérables nuances. C’est toujours le même qui s’épanche coup sur coup en mamours indécentes avec deux des chefs d’Etat les plus réacs de la planète, Trump et Netanyahou. Quant à son outrageusement botoxée moitié, a-t-elle oublié que le détournement de mineur par personne ayant autorité, cela existe dans notre Code Pénal ? Je sais bien qu’il doit y avoir prescription, mais tout de même. Sans compter que la mémère a fait toute sa carrière dans l’enseignement confessionnel.  En tout cas, nos pédophiles et assimilés, dans l’Eglise et ailleurs, pourront toujours désormais se prévaloir de l’exemple présidentiel. 

Ah, décidément oui, gratinés, les deux  macarons ! Lançons l’alerte !

 

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Vive la Vrounnze, nongdieu !

Je ne sais si cela répond au souci de s’aligner sur une macronesque consigne, mais la chaîne Antenne 2 semble s’être spécialisée dans les rituels de glorification de notre noble identité nationale. L’effet Simone Weil étant retombé, c’est le Tour de France qui a pris le relais. Ce ne sont qu’éloges dithyrambiques des paysages français, des routes françaises, des vélos français et même des coureurs français. Il n’est pas jusqu’aux présentatrices météo qui ajoutent leur grain, annexant à nos titres de gloire LE climat français : il nous appartient, au même titre que la Tour Eiffel ! Une certaine Chloé N’a-rien-dedans., particulièrement gratinée dans son genre, nous a ainsi annoncé triomphalement l’autre jour : « Vos températures vont remonter ! » NOS températures ? Jusqu’alors, je croyais que la seule qui m’appartenait, c’était ma température anale, et encore ; en plus, je la préfère à 37°5 qu’à 38°5. Vive nos incomparables spécificités vrounnzaises !

Additum –

Chloé N’a-rien-dedans semble à jamais brouillée avec la pluie, le vent, la fraîcheur. Elle ne commence à exulter que lorsque les températures s’annoncent  caniculaires, « Bonne nouvelle » qu’elle nous annonce de son insupportable voix d’ado prépubère n’ayant pas (du tout) inventé la poudre. C’est aussi le cas de sa collègue Anaïs Basse-de-mire. A croire que, pour ce duo d’andouilles, à partir du mois de juin jusqu’à fin septembre, le seul Français qui compte, c’est le citadin en vacances à la plage. Que les forêts se mettent à flamber un peu partout en France et en  Europe, que les algues envahissent le littoral breton ( entre autres effets dévastateurs de l’élévation des températures ), cela ne semble pas de nature à les conduire à une compréhension un peu moins simpliste des phénomènes météorologiques et climatiques. Aujourd’hui encore, la Chloé, annonçant quelques nuages sur le massif alpin, croyait bon de commenter :  » Mais rassurez-vous, rien de bien méchant « . Oh qu’y sont méchants, les vilains nuages ! Mieux vaut en rire …

 

De fait, celle-là, elle est vraiment comme la lune
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Les con fessions d’un con verti ( 1 )

Athée endurci, je me figurais que j’irais jusqu’au bout comme cela. C’était sans compter sur les arguments d’un vieux pieux ami qui m’ont convaincu. J’ai été touché par la grâce. Alleluia ! J’ai changé. Depuis peu j’en conviens, mais définitivement. Du moins, je l’espère.  Je ne suis plus qui je fût (de Gevrey-Chambertin comme on disait hier sur le Tour).

Comme tout néo con verti, je dois livrer une con fession en bonne et due forme. Mon impiété remontant à l’enfance, la mienne prendra la forme de séquences, dont voici la première.

Celui que je fût (de Chambolle-Musigny) (pour mon malheur), ce premier souvenir  le dira déjà. C’était il y a quelques lustres. Ma femme et moi visitions Saint-Pierre de Rome, en compagnie de notre fille cadette, âgée de huit ans. Huit ans, mais surdouée. Admiratrice inconditionnelle de Raymond Queneau, dont elle venait de terminer  Zazie dans le métro , avec un enthousiasme que les procès bien connus d’identification expliquent. Le nez levé, nous contemplions la célèbre fresque de Michel Ange où Dieu le père caresse le doigt d’un Adam reconnaissant. J’en étais à me demander pourquoi de semblables représentations ne sont jamais proposées à la contemplation des fidèles à hauteur d’homme, ou au-dessous de la ceinture. J’étais arrivé à la conclusion qu’un tel choix empêche les âmes tourmentées (par les sataniques tentations) de cracher dessus, ou de faire pipi dessus, ou pire. Dans le cas de la fresque de Michel Ange, vous pouvez essayer de cracher dessus, mais ça vous retombe immanquablement sur le nez, vade retro.

J’en étais là de mes réflexions lorsque, prenant conscience de leur caractère quelque peu impie en pareil lieu, je m’avisai de demander à ma fille :  » Ma chérie, que penses-tu de cette représentation de Dieu, notre Père à tous ?  »  » — Dieu le Père mon cul, il m’intéresse pas du tout, cet enflé, avec sa barbe à la con.  » me répondit-elle, placidement, mais assez fort pour être entendue d’une nonne qui passait par là :  » Petite gourgandine voyouze blasphématrice, qu’elle lui intime, retire ces impies(pi) propos, et fissa ! — Dites donc, la mère, que je lui rétorque, et la liberté des opinions, quoi vous en faites ? — De couaille de couaille, qu’elle me fait, les opinions libres, encore un coup de ce Martin Luther King. Tu pinceras ce qu’on te dira de pincer, et basta ! — Eh, la vieille, que lui balance ma cadette, tu parles pas comme ça à mon papa !  » Et elle lui refile un coup de tatane dans le tibia. — Aouche, foutue szalope !, que fait l’autre, en serbo-croate (car elle était serbo-croate). Je passe sur les détails. Il fallut les Suisses pour séparer les pugilistes.

La législation de l’époque n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, en tout cas dans les Etats de l’Eglise. On nous retira la garde de notre enfant chérie, pour pratiques éducatives immorales. Elle fut placée dans un couvent spécialisé dans la réhabilitation des enfants maltraités. Avec le recul, je trouve que ce ne fut pas plus mal car, question pédophilie, je me pose un peu là.

Quelques temps plus tard, ma fille fut menacée d’être traduite devant un conseil disciplinaire , non parce qu’elle était devenue la maîtresse de la mère supérieure (situation excessivement banale à l’époque) , mais pour actes de zoophilie sur un bouc, un pittbull et un siamois recueillis au couvent par charité. Elle n’eut que le temps de brûler la politesse à la portière qui s’esclama :  » La goçamilébou !  »

Quand je pense à tout ce passé sulfureux ( pour ne pas dire sulfurique), une honte incommensurable me submerge. La suite au prochain accès de repentance.

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 » Le Marchand de Venise « , pièce antisémite ?

Les pièces du dossier, tout d’abord. Bassanio, jeune gentilhomme vénitien, séduisant mais désargenté, aime la belle et riche Portia. Pour soutenir dignement la comparaison avec les nobles soupirants qui briguent ses faveurs, il sollicite l’aide financière de son ami Antonio, armateur et négociant prospère. Le marchand de Venise, c’est lui. Mais Antonio a déjà engagé toute sa fortune dans plusieurs navires. Pour permettre à Bassanio de trouver l’argent dont il a besoin, il consent à se porter garant de la somme que Bassanio se dispose à emprunter à un usurier, le Juif Shylock.

Shylock hésite. Certes, en dépit des risques encourus par les entreprises maritimes d’Antonio, il le juge solvable. Mais il le hait car il sait dans quel mépris l’autre le tient :

 » He hates our sacred nation, and he rails,

  Even there where merchants most do congregate,

  On me, my bargains, and my well-won thrift,

  Which he calls interest …  »

(  » Il hait notre nation sainte, et il raille, même aux endroits où les marchands se rassemblent en nombre, moi, mes contrats et mes profits honnêtement gagnés, qu’il nomme usure…  » )

Les deux hommes négocient les termes du contrat. Chacun des deux dit à l’autre avec une franchise brutale le mal qu’il pense de lui. Shylock :

 »  Signior Antonio, many a time and oft

   In theRialto you have rated me

   About my moneys and my usances :

   Still have I borne it with a patient shrug,

   For suff’rance is the badge of all our tribe.

   You call me misbeliever, cut throat-dog,

   And spet upon my Jewish gaberdine,

   And all for use of that which is mine own ...  »

(   » Seigneur Antonio, que de fois sur le Rialto vous m’avez attaqué, à propos de mon argent et de mes profits. Calme, j’ai supporté cela, avec un haussement d’épaule, car la patience est la marque de notre peuple. Vous m’appelez mécréant, chien coupeur de gorge, et vous avez craché sur mon manteau de Juif, et tout cela parce que j’use de ce qui m’appartient.  » )

A quoi Antonio répond :

 »  I am as like to call thee so again,

To spet on thee again, to spurn thee too.  »

(  » Je suis encore capable de t’appeler encore ainsi, de cracher encore sur toi, de te rejeter aussi  » )

L’échange est tout juste poli, au bord de l’empoignade. Néanmoins, Shylock, espérant tirer vengeance d’Antonio, dont il sait la fortune exposée aux périls de la mer, accepte de lui prêter trois mille ducats, mais à la célèbre condition :

 »  If you repay me not on such a day

   In such a place, such sum or sums as are

   Expressed in the condition, let the forfeit

   Be nominated for an equal pound

   Of your fair flesh, to be cut off and taken

   In what part of your body pleaseth me.  »

(  » Si vous ne me remboursez pas, à tel jour, à tel endroit, telle somme ou telles sommes mentionnées dans le contrat, que l’indemnité soit fixée à une livre exactement de votre belle chair, à découper et à prélever dans la partie de votre corps qu’il me plaira  » )

Antonio accepte le marché. Un peu plus tard, nous faisons la connaissance de Jessica, la fille de Shylock. Elle non plus n’a pas une grande estime pour lui :

 »  Alack ! what heinous sin is it in me

   To be ashamed to be my father’s child !

   But though I am a daughter to his blood,

   I am not to his manners…  »

(  » Hélas! quel haïssable péché est en moi d’avoir honte d’être la fille de mon père ! Mais  bien que je sois la fille de son sang, je ne le suis point de ses moeurs.  » ) .

 » Most beautiful pagan, most sweet Jew !  » ( « Très belle païenne, très douce Juive!  » ) : ainsi la qualifie Lancelot, son valet, qu’elle charge de remettre, en cachette de son père, une lettre à son soupirant Lorenzo. Profitant de l’absence de Shylock, elle s’enfuit du domicile paternel, déguisée en page, emportant l’or et les bijoux de l’avare, pour rejoindre son amant. Ainsi berné,  la haine de Shylock pour Antonio ne fait que grandir :

 »  SHYLOCK .   There I have another bad match — a bankrupt, a prodigal, who dare scarce show his head on the Rialto, a beggar that was used to come so smug upon the mart … let him look to his bond ! he was wont to call me usurer, let him look to his bond ! he was wont to lend money for a Christian curtsy, let him look to his bond ! 

   SALERIO .     Why, I am sure, if he forfeit, thou will not take his flesh — what’s that good for ?

   SHYLOCK .   To bait fish withall ! if it will feed nothing else, it will feed my revenge… He had disgraced me and hindred me half a million, laughed at my losses, mocked at my gains, scorned my nation, thwarted my bargains, cooled my friends, heated my enemies — and what’s his reason ? I am a Jew… Hath not a Jew eyes ? hath not a Jew hands, organs, dimensions, senses, affections, passions ? fed with the same food, hurt with the same weapons, subject to  the same diseases, healed by the same means, warmed and cooled by the same winter and summer, as a Christian is ? If you prick us, do we not bleed ? if you tickle us, do we not laugh ? if you poison us, do we not die ? and if you wrong us, shall we not revenge ? if we are like you in the rest, we will resemble you in that… If a Jew wrong a Christian, what is his humility ? Revenge. If a Christian wrong a Jew, what should his sufferance be by Christian example ? Why, revenge. The villainy you teach me I will execute, and it shall go hard but I will better the instruction.  »

(  »  SHYLOCK .   J’ai fait là une autre mauvaise affaire — un banqueroutier, un prodigue, qui oserait à peine montrer sa tête au Rialto, un mendiant qui avait coutume de venir étaler sa suffisance au marché… Qu’il songe à son billet ! il avait coutume de me traiter d’usurier, qu’il songe à son billet ! il avait coutume de prêter de l’argent pour une révérence de Chrétien, qu’il songe à son billet !

    SALERIO .     Mais, j’en suis sûr, tu ne lui prendras pas sa chair — à quoi bon ?

    SHYLOCK .   Pour appâter le poisson avec ! si ça ne nourrit rien d’autre, ça nourrira ma vengeance … Il m’a accablé de honte, m’a soutiré un demi-million, s’est gaussé de mes pertes, s’est moqué de mes gains, a méprisé ma nation, a contrarié mes affaires, refroidi mes amis, échauffé mes ennemis — et quelle est sa raison? Je suis un Juif…. Un Juif n’a-t-il pas des yeux ? Un Juif n’a-t-il pas des mains, des organes, des proportions, des sens, des émotions, des passions ? nourri de la même nourriture, blessé des mêmes armes, sujet aux mêmes maladies, tiré d’affaire par les mêmes moyens, réchauffé et refroidi par le même hiver, le même été, tout comme l’est un Chrétien ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ? si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? si vous nous empoisonnez, ne mourons-nous pas ? et si vous nous faites tort, ne nous vengerons-nous pas ? Si nous sommes comme vous pour le reste, nous vous ressemblerons en cela… Si un Juif fait tort à un Chrétien, quelle est son humilité ? La vengeance. Si un Chrétien fait tort à un Juif, que sera sa patience selon l’exemple chrétien ? eh bien, la vengeance. La vilenie que vous m’enseignez, je vais la mettre en pratique, et ce sera dur, mais je veux faire mieux que mon maître.   »     )

Sur ces entrefaites, on apprend qu’Antonio a perdu coup sur coup tous ses vaisseaux. Le voilà à la merci de Shylock. Sourd aux prières de son débiteur et de ses amis, qui vont jusqu’à lui promettre le double de la somme prêtée s’il renonce à exiger la livre de chair prévue dans le contrat, l’usurier réclame son dû devant le tribunal. Résigné, Antonio, tente d’apaiser la colère de ses amis :

 »  ANTONIO .

   I pray you, think your question with the Jew.

   You may as well go stand upon the beach

   and bid the main flood bate his usual height,

   You may as well use question with the wolf

   Why he hath made the ewe bleat for the lamb;

   You may as well forbid the mountain pines

   To wag their high tops and to make no noise,

   When they are fretten with the gust of heaven;

   You may as well do any thing most hard,

   As seek to soften that — than which what’s harder ? —

   His Jewish heart.   »

(  » ANTONIO  .  Je vous en prie, songez que vous traitez avec le Juif. Vous pouvez aussi bien vous tenir sur la plage  et prier la marée haute de baisser sa hauteur, vous pouvez aussi bien débattre avec le loup, sur la question de savoir pourquoi il fait pleurer la brebis sur l’agneau, vous pouvez aussi bien défendre aux pins des monts d’agiter leurs hautes cimes et de bruire quand ils sont tourmentés par les rafales du ciel ; vous pouvez aussi bien accomplir les actions les plus dures que tenter d’adoucir ceci — et quoi de plus dur que ceci ? — : son coeur de Juif.  »

Heureusement, l’intervention de Portia, déguisée en docteur de droit civil, renverse la situation en faveur d’Antonio. Shylock, dépossédé de la moitié de ses biens, devra léguer ce qui lui en reste à sa fille Jessica et à Lorenzo, et se convertir. Il ne lui reste plus qu’à se retirer, sous les injures et les quolibets.

                                                              *

Dans un récent billet de sa République des livres, Pierre Assouline évoque  » l’antijudaïsme controversé » du Marchand de Venise. De son côté, un de ses commentateurs écrit que la pièce est à la fois antisémite et … philosémite !

Les mots antisémite et antisémitisme apparaissent dans notre langue dans les années qui suivent la publication de La France juive, d’Edouard Drumont (1886) et de la fondation par le même de la Ligue française antisémitique (1889). Les premières occurrences des deux termes apparaissent dans les années qui suivent, sous la plume des Goncourt, d’Anatole France, de Georges Clémenceau. Pierre Assouline a raison de parler d’ antijudaïsme, et non d’antisémitismeà propos du Marchand de Venise, car la publication du livre de Drumont peut être considérée comme l’acte de naissance de l’antisémitisme moderne, fondé sur des arguments raciaux, et non plus sur les bases religieuses qui furent celles de l’antijudaïsme européen pendant des siècles. Le Marchand de Venise n’est nullement une pièce antisémite au sens où nous l’entendons aujourd’hui et les préjugés raciaux en sont totalement absents. Le traitement du personnage de Jessica en témoigne. Shakespeare, cependant, vit et écrit dans une société où, depuis des siècles,  les Juifs sont contraints de respecter diverses mesures de mise à l’écart et subissent, de la part des populations environnantes, des manifestations d’hostilité de forme et d’intensité diverses, pour des raisons religieuses, et aussi parce qu’ils exercent certaines professions : celle d’usurier, notamment, puisque l’Eglise interdit aux Chrétiens de pratiquer le prêt à intérêt. Montrer sur la scène un personnage d’usurier Juif, antipathique et même odieux, le tourner en ridicule, se moquer de sa déconfiture, n’a rien de scandaleux pour un spectateur élisabéthain. Marlowe, avec son Juif de Malte (vers 1589) et d’autres auteurs aujourd’hui moins connus, l’ont fait avant Shakespeare, qui a peut-être d’ailleurs été tenté d’exploiter le succès de la pièce de Marlowe. Le personnage du Juif est peut-être un personnage théâtral à la mode dans ces années qui voient le procès et la condamnation à mort de Rodrigo Lopez, le médecin juif de la reine Elisabeth, en 1594. La société anglaise de ces années là ne semble pas pour autant tourmentée par un antisémitisme particulièrement virulent : il n’y a pas de « problème » juif en Angleterre, vu que les Juifs sont interdits de séjour dans le royaume depuis le règne d’Edouard Ier ; ils y vivent pourtant nombreux sans y être inquiétés, à condition de se conformer, extérieurement du moins, aux rites du christianisme, et d’en afficher les croyances. Cependant, la pièce de Shakespeare reflète sans doute, mais sans qu’on puisse avoir aucune certitude sur ce point, les préjugés et l’hostilité de nombre de ses contemporains, même si l’action se déroule dans une Venise de convention. Certaines répliques sont particulièrement agressives, méprisantes et violentes, notamment celles que Shakespeare place dans la bouche d’Antonio, personnage présenté par ailleurs comme un homme généreux et sensible, ainsi que dans celles de ses amis, pour qui Shylock n’est pas d’abord identifié comme usurier, mais invariablement comme Juif, et méprisé à ce titre.

Le Marchand de Venise ne compte certainement pas au nombre des pièces de Shakespeare le plus souvent jouées depuis la Seconde guerre mondiale, du moins ailleurs qu’en Grande Bretagne. J’ai été témoin, voici quelques années,  dans une ville de province, d’une levée de boucliers contre la représentation de la pièce, à l’initiative d’une partie de la communauté juive de la ville, mais pas seulement. Il s’agissait pourtant d’une très bonne mise en scène et d’une très bonne interprétation. Le personnage de Shylock y était montré, autant que je m’en souvienne, sous un jour favorable, comme une victime et un être noble, et non comme un scélérat. Ce qui avait mis le feu aux poudres, c’était, je crois, une ample écharpe blanche dont le metteur en scène avait eu l’idée de draper le personnage, et qui rappelait fortement un accessoire vestimentaire utilisé dans le rituel judaïque. Du coup, le personnage pouvait apparaître comme le représentant de la communauté juive et l’incarnation de ses valeurs religieuses, amalgame qu’une simple lecture de la pièce rend fortement douteux, pour ne pas dire insupportable. De fait, l’intolérance que Shylock affiche à l’égard des pratiques non-juives (manger du porc, prier autrement que selon le rituel juif, etc.), son avarice, l’autorité tyrannique qu’il exerce sur sa fille, pour qui il ne manifeste guère d’affection, et surtout la cruauté impitoyable, inhumaine, dont il fait preuve à l’égard d’Antonio, le disqualifient pour être un représentant acceptable de sa communauté.

Shylock n’en est pas moins un des personnages les plus forts et les plus attachants que le génie de Shakespeare ait créés, et il est bien plus que le méchant par qui le malheur arrive et dont tout le monde souhaite la punition. Sa première apparition  le montre comme un homme d’affaires avisé, pesant lucidement le pour et le contre d’un engagement en faveur d’Antonio. Il n’a pas de peine à pointer la contradiction où s’enferme le digne contempteur de l’usure, tout content de trouver un usurier pour le tirer d’affaire, après l’avoir, pendant des années, accablé de son mépris :

 »  Well then, it now appears you need my help;

   Go to then, you come to me, and you say,

    » Shylock, we would have moneys  » — you say so !

   You that did void your rheum upon my beard,

   And foot me as you spurn a stranger cur

   Over your threshold   »

(  » Et alors, il apparaît que maintenant vous avez besoin de mon aide; et voilà, vous venez me voir et vous dites  » Shylock, nous voudrions des sous  » — voilà ce que vous dites ! Vous qui éjectiez votre bave sur ma barbe, et me bottiez comme on chasse un chien bâtard étranger loin de son seuil  » ).

 » Shylock, we would have moneys « . Le vieil usurier ne cesse de mettre le doigt sur l’hypocrisie sous laquelle était occulté  un problème auquel les contemporains de Shakespeare étaient particulièrement sensibles : celui de la circulation et du commerce de l’argent dans des sociétés où l’instance religieuse dominante jetait l’opprobre sur le prêt à intérêt  et où une véritable activité bancaire peinait à exister. La générosité d’un Antonio prêtant son argent sans intérêt n’était évidemment pas une solution viable à grande échelle. Bassanio est le type de ces gentilshommes aussi dépensiers que désargentés, bien plus nombreux sans doute encore à Londres qu’à Venise, et dont le coutumier recours était d’aller régulièrement frapper à la porte d’un usurier. L’usurier exerce une fonction sociale aux frontières de la légalité, mais nécessaire; la rançon de ses profits, c’est la mise au ban de la société; le Juif est tout désigné pour ce double destin, et pour longtemps : au temps de Balzac, les duchesses continueront encore de courtiser Gobseck, l’usurier juif. A la fin de la pièce, Shylock est sommé de se convertir mais aucune sanction ne frappe ses activités d’usurier; on suppose qu’une fois devenu Chrétien, il pourra continuer de s’y adonner en toute tranquillité et, pourquoi pas, fort de sa nouvelle parenté avec le noble Lorenzo, son gendre, se faire banquier.

On ne doit pas perdre de vue le fait que Shylock (comme le Gobseck de Balzac, lui aussi d’une amère lucidité sur la société de son temps) est un vieil homme, qui a enduré injures et avanies pendant des années, ce qui donnerait une dimension quelque peu sénile à son acharnement , autrement totalement invraisemblable, à obtenir la réparation vengeresse et meurtrière dont il rêve, peut-être depuis longtemps.

La  célèbre tirade  » Hath not a Jew eyes ? … » , trop souvent citée hors de son contexte, est souvent perçue comme une sorte de revendication des droits humains quelque peu pleurarde, alors qu’il s’agit du constat rageur d’une identité de condition masquée par une énorme hypocrisie. Les mots « humility » et « sufferance », qui désignent deux vertus cardinales du vrai chrétien, sont là  pour  mettre en lumière le fossé entre les actes et les valeurs dont ses ennemis se réclament. Homo homini lupus , c’est la vérité de portée universelle que nous rappelle ici Shylock, avec une dureté lucide.

 » Tout un homme, fait de tout les hommes, et qui les vaut tous, et que vaut n’importe qui  » : la célèbre formule de Sartre, à la fin des Mots, s’applique parfaitement à Shylock tel que lui-même se voit : il  est le reflet fidèle de ceux qui le méprisent, le haïssent, le rejettent. Son comportement ne diffère en rien du leur, l’hypocrisie en moins. Sa cruauté est la leur, exacerbée par la révolte. Par ailleurs, mêmes préjugés, mêmes oeillères, même petitesse, même incapacité à se hausser au-dessus de sa misère morale. Son ennemi Antonio ne vaut guère mieux que lui . S’il prie, à la fin, le tribunal de rendre à Shylock sans indemnité la moitié de ses biens, c’est pour obtenir de gérer l’autre et pour imposer sous la menace à son adversaire une conversion et un testament ; sa « charité » ne va pas au-delà ; pour le reste, il savoure, à sa façon, sa vengeance. Il est vrai qu’ayant été à deux doigts de passer un très sale quart d’heure, un autre que lui se serait sans doute montré moins magnanime !

Une des grandes forces de la pièce (force qui est d’ailleurs la manifestation d’une des vertus majeures du théâtre) est donc de disposer la violence de Shylock et celle de ses adversaires en miroir l’une de l’autre. Les invectives et les accusations des uns et de l’autre sont presque interchangeables, dans un jeu de rôles où chacun des duellistes pourraient sans aucune difficulté échanger leurs positions. C’est pourquoi il est impossible de comprendre la pièce comme une machine de guerre délibérément dirigée par son auteur contre les Juifs. Le Marchand de Venise ne nous renseigne en rien sur ce que Shakespeare pensait des Juifs en tant que collectivité. Il est possible que le public du temps ait perçu dans sa pièce une prise de position favorable à la solution « finale » du « problème » juif à l’anglaise : la conversion. L’adorable Jessica se convertit au Christianisme, et le tour est joué; elle épousera son Lorenzo, ils seront heureux et auront beaucoup d’enfants, de petits Chrétiens pur sucre. Son vieux grigou de père en fera autant, deviendra soudain parfaitement tolérable, et ses affaires ne s’en porteront que mieux. Cependant, aucun des personnages n’est le porte-parole de l’auteur. Il les fait parler, les uns et les autres, chacun selon son caractère, ses préjugés, ses qualités et ses défauts. Il est à peu près sûr, en tout cas, que le projet d’écrire une pièce contre les Juifs lui était complètement étranger. Un ennemi résolu des Juifs et décidé à leur nuire aurait sans doute été incapable d’écrire le morceau de bravoure qu’il prête à Shylock au début de l’acte III. Cette réplique justement célèbre contient le meilleur argument qu’on puisse invoquer contre l’antisémitisme, comme contre toute forme de racisme : on ne peut, pour définir un Juif, trouver d’autres ingrédients que ceux qu’on trouve chez tous les humains. Pour le reste, Shakespeare reprend à sa manière le personnage mis à la mode par Marlowe. Il emprunte à d’autres, comme le fera si souvent Molière, tel ou tel motif : la livre de chair, par exemple, vient d’une nouvelle italienne du Trecento. Shylock n’est  pas qu’un Juif : c’est aussi un vieil avare, que disqualifient sa cupidité et sa sécheresse de coeur ; on rit de ses mésaventures comme on rit de celles d’Harpagon. Personnage aussi excessif et, en définitive, aussi aveugle que le barbon moliéresque, il faut qu’il le soit jusqu’au bout pour que l’engrenage dramatique, savamment agencé par Shakespeare, fonctionne. La révolte de Jessica ressemble à celle des jeunes premières de Molière brimées par un père ou un tuteur abusif. Ce sont là des ingrédients classiques de la comédie. Personnage clé de cette comédie romanesque qui ressemble si peu à nos comédies corsetées dans leur respect des unités, Shylock n’apparaît cependant que dans cinq scènes. La tonalité dominante de la pièce est plutôt assurée par les échanges galants de Portia avec ses soupirants, avec Bassanio, son amant, et de Lorenzo avec Jessica. Les femmes y tiennent la dragée haute à leurs partenaires masculins, et c’est une femme, Portia, qui tire brillamment Antonio de l’impasse où il s’était fourvoyé. La vérité du Marchand de Venise est sans doute plus accessible à qui peut goûter la poésie des dialogues dans la langue originale : ces scènes gracieuses sont sans doute plus difficiles à faire apprécier aujourd’hui que les affrontements de Shylock avec ses détracteurs . Et si, au lieu d’une très improbable pièce antisémite, nous devions, dans Le Marchand de Venise, goûter avant tout le charme d’une comédie tendrement féministe ?

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Adieu Simone ou la béatification laïque

Le déluge médiatique provoqué par l’annonce du décès de Simone Veil m’a inspiré ces blagues rageuses, d’un humour douteux. Sur la fin, je reviens à davantage  de sérieux.

N’empêche qu’un peu plus de mesure dans l’hommage aurait été bien venu.

A croire que ce pays est véritablement en manque d’identifications nationales. Malheureusement l’effet Simone n’aura eu qu’un temps. Heureusement que le Tour de France a pris le relais.

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A 89 balais, la VIEILle vient de casser sa pipe.

On va quand même pas nous en chier toute une pendule.

Mais si, mais si, c’est bien parti pour ça.

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Eh bien, j’y vais de ma pendulette, moi zaussi. On ne dira pas que l’événement m’aura laissé indifférent.

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A la panthéonisation de la Simone, j’entends déjà la voix de bouc châtré de Malraux remonté des Enfers pour la circonstance :  » Entre ici, Simone. Si, si …

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C’est sûr que la mère Veil aura grandement oeuvré pour le progrès.

N’empêche que, question innovations, à l’IVG je préférerai toujours le TGV.

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C’est vrai qu’elle a inventé aussi le BCG. Grosse innovation, le BCG.

Et la CSG aussi, c’est elle ! Grosse avancée sur le terrain social, la CSG.

A propos d’avancée, n’étale donc pas tes nichons sur la table, Simone !

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 C’est  sûr que le TGV a été une grosse avancée technologique, mais de là à cloquer la Simone au Panthéon …

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Allez, en voiture, Simone !

— Quelle voiture ?

— La voiture balai. Celle qui porte le dossard 89.

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Vendredi : à l’annonce que la vieillarde (dont personne ne se souciait plus depuis des lustres) a tiré sa révérence, emballement médiatique sans précédent, émotion générale, rétrospectives, célébration quasi religieuse de la défunte. C’est à croire que, dans le reste du monde, il ne se passe rien.

Samedi : personne n’en parle plus. Dans la rue, je croise une connaissance et lui dis :  » Vous savez que Simone Veil est morte ? — Qui ça ? « . J’allume la télé, il n’est question que du Tour de France. C’est à croire que, dans le reste du monde, il ne se passe rien. La Simone elle aussi est passée à la trappe. Je suis un peu scandalisé. Décidément, dans ce pays, les occasions de communion nationale ne font pas long feu.

Et pourtant, la Simone, pour les gens de ma génération du moins, quelle référence ! quel flambeau à l’horizon de nos doutes ! C’est en lisant La Condition ouvrière que j’ai pu vérifier la justesse des analyses de Maurice Thorez. Les élans mystouiques de La Pesanteur et la grâce m’ont subjugué. Et  pour combien d’entre nous Mémoires d’une jeune fille rangée et Le Deuxième sexe sont des livres de chevet ? Sans oublier la carrière d’actrice de Simone :  Casque d’orL’Armée des ombresLe Chat  (où elle et Gabin nous offrirent un duo de vieux schnocks inoubliables), quels chefs-d’oeuvre !

Ah là là … Adieu, Simone, et merci pour tout.

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— Simone Veil est morte.

— Ah … l’auteur de Mémoires d’une jeune fille rangée

— Non. Celle-là, c’est Simone de Beauvoir.

— Vous avez raison. Simone Veil, c’est celle qui joue dans  Casque d’or .

— Non. Elle, c’est Simone Signoret.

— Ah… bon. Ah oui : c’est celle qui a écrit : La Pesanteur et la grâce  !

— Non. Elle, c’est Simone Veil mais avec un W.

— J’y suis ! C’est  celle qui a fait le TGV !

— Non. Elle, c’est l’IVG.

— Bof … TGV …IVG…, c’est synagogue…

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Variations littéraires sur la mort de Simone

1/ Aujourd’hui, Simone est morte. Ou peut-être hier, je ne sais plus.

2/ Elle était morte. Quel étonnement !

3/ — Tiens, c’est écrit dans le journal que Simone Weil est morte.

— Mon Dieu, la pauvre, quand est-ce qu’elle est morte ?

— Pourquoi prends-tu cet air étonné ? Tu le sais bien : elle est morte il y a un an. On a été l’enterrer au Panthéon il y a un an et demi.

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Blagues moisies à part, la loi Neuwirth sur la contraception, la loi Veil sur l’IVG, c’était hier, et nous savons que les héritiers de ceux qui, à l’époque, s’opposèrent avec tant de rage et de haine, n’hésitant pas à la couvrir d’intolérables injures, à celle qui présentait cette loi libératrice n’ont pas désarmé. Le battage médiatique qui a suivi l’annonce de sa mort m’a fortement agacé, je l’avoue. Pourtant, il avait au moins la vertu de nous rappeler que le combat pour la liberté des femmes et pour leur égalité avec les hommes continue, même dans nos contrées relativement avancées sur ce terrain. Honneur donc à celle qui, naguère, le mena avec une exemplaire intransigeance.

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Au fait, Veil, Weil, Beauvoir, Signoret : elles sont, à peu de choses près, de la même génération, ces femmes libres et courageuses, exemplaires à tant d’égards. Honneur à elles !

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A matin, rencontré dans la rue une dame de ma connaissance.  » Chère amie, que je lui dis, ôtez-moi d’un doute : cette Simone Veil dont on parle tant, c’est bien elle qui a lancé le TGV ? « . Elle me regarde, quelque peu interloquée, puis, réfléchissant, sourcils froncés : « Voyons, voyons … le TGV , dites-vous… ».

J’ai subitement compris que je ferais mieux de garder pour moi mes blagues à deux sous.

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Un quart d’heures plus tard, dégustant mon allongé à ma terrasse habituelle, je découvre la Une du Monde . Photo surdimensionnée de Simone. En dessous (je n’invente pas), le titre suivant :  » Transports / Malgré la mise en service de deux nouvelles lignes, le TGV s’essouffle « .

Damned ! Heureusement qu’elle est  morte juste à temps pour ne pas avoir à lire ça !

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Sur le site de la République des livres, un contributeur se fend de ce commentaire particulièrement naïf ou niais (les deux sans doute) :

 » Simone Veil mérite bien le Panthéon, non pas tant pour sa loi que comme représentante du Judaïsme, partie intégrante du génie français « .

On aimerait savoir en quoi consiste au juste le judaïsme de l’intéressée, en dehors du fait qu’elle est née Juive. A ma connaissance, pas plus que ses parents, elle ne pratiquait la religion de ses ancêtres. En quoi précisément le judaïsme de l’intéressée est-il partie intégrante du « génie français », entité problématique dont la recette est sans doute aussi introuvable que la pierre philosophale ? L’auteur de cette déclaration ronflante et creuse serait sans doute bien en peine de fournir une réponse précise et pertinente.

Que faut-il admirer au juste en Simone Veil ? Sûrement pas d’avoir eu la chance d’être revenue vivante des camps de la mort, à la différence des membres de sa famille qui y périrent. D’en être revenue vivante ne mérite aucunement notre admiration mais  toute la compassion dont nous sommes capables. En revanche, avoir su mobiliser toutes les ressources qui lui permirent de surmonter pareil traumatisme, cela mérite notre admiration. Beaucoup de rescapés des camps n’y parvinrent pas.

Quant à la loi sur l’IVG (1975), on oublie que, comme la loi Neuwirth sur la contraception (1967), elle répondait au souci de nos gouvernants de l’époque de rattraper le retard de la législation française sur les pays européens les plus avancés en la matière. Rappelons-nous que, dans les années 60, en France, une femme ne pouvait avorter que de deux façons, recourir aux services d’une faiseuse d’anges avec tous les risques que cela comportait, ou aller se faire opérer dans un pays européen qui autorisait la contraception (la Grande-Bretagne par exemple), à condition d’en avoir les moyens. Avant son entrée au gouvernement Chirac, Simone Veil ne fut pas, à ma connaissance, une militante féministe luttant pour le droit des femmes à la contraception et à l’avortement. Ce combat est à porter presque entièrement au crédit d’ associations telles que le Planning familial. Cela n’enlève rien au courage et à la lucidité de Simone Veil dans son action pour faire adopter sa loi mais il ne faudrait tout de même pas faire d’elle la pasionaria féministe qu’elle ne fut pas ni la militante obstinée d’un combat qu’elle ne rejoignit, en 1975, que parce que Giscard et Chirac en avaient décidé ainsi. Ses positions en la matière furent celles, modérées, de la femme politique du centre droit qu’elle était.  Rappelons que, des années plus tard, elle participa à une manifestation de la Manif pour tous contre le mariage homosexuel.

De ce coup d’éclat de 1975, elle sut ensuite retirer brillamment les dividendes au long d’une carrière de notable de haut vol fort classique ( Conseil constitutionnel, présidente de l’Assemblée Européenne, Académie Française ). Je ne vois pas trop ce qu’il convient d’admirer là-dedans.

Elle a eu le mérite fort louable d’oeuvrer pour la pérennité de la mémoire de la Shoah.

Les personnalités de l’envergure de Simone Veil méritent autre chose qu’une admiration béate, approximativement fondée, autre chose qu’une espèce de canonisation hâtive engagée sous le coup d’une émotion largement convenue. Ce dont nous avons besoin, c’est de savoir qui furent précisément ceux dont nous pensons qu’ils ont quelque titre à notre reconnaissance.

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Il se dit que Delon aurait fricoté avec Simone. De-lon- au Pan-thé-on ! De-lon au Pan-thé-on ! De-lon au Pan-thé-on !
Sûr que Simone au Panthéon accompagnée de son seul légitime, ça fait un peu mesquin. Tandis que si on avait ouvertes toutes grandes les portes du Temple à la fratrie élargie, maris, fils, amants, belles-soeurs, beaux-frères, cousins cousines, chiens chats et poissons rouges, ça vous aurait eu tout de suite une autre gueule. Surtout si on avait préalablement immolé tout ce monde façon Sardanapale. De quoi donner un sacré coup de djeuhne (ou de vieux) au vénérable rituel républicain. J’imagine un Maraux revenu d’outre-tombe chevrotant les noms des impétrants :  » Entre ici, Zébulon !… C’est qui, Zébulon ? — C’est le chat,Maître, … enfin… un des chats — Ah bon… Vous m’en direz tant ».

 

 

 

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