Du danger de prendre le terrorisme à la blague

Depuis quelques semaines, il broyait du noir. Ce n’est pas le tout d’avoir rempli intégralement le  contrat du Journal de Tintin ,  » le journal des jeunes de 7 à 77 ans « , on aimerait quand même pouvoir durer un peu au-delà. Encore faut-il que l’intendance suive. Et dans son cas, elle suivait de moins en moins. Un matin, histoire de se remonter le moral, il posta sur un site littéraire qu’il fréquentait de façon plus  compulsive qu’assidue, et dont l’animateur n’était pas trop regardant sur la pertinence des interventions de ses lecteurs,  le « commentaire » suivant :

 » Faisant suite à beaucoup d’autres,  les récents attentats de Londres ont achevé de me convaincre de mettre un terme à une existence de toute façon fortement menacée à brève échéance, dans un style spectaculaire, façon Erostrate. Demain matin, dans mon village, se tient un marché typiquement provençal, fort prisé des touristes, anglais notamment (ah ah ah, tu vas voir, ça va être leur fête). Les accès en sont variés et relativement peu surveillés. Or donc, m’inspirant des terroristes londoniens, demain matin, j’embarque dans ma scénic (version scénic railway), muni d’une hache et de quelques couteaux, et je fonce dans la foule. J’en tuerai bien une centaine (dont un effectif conséquent d’angliches), dépassant le record du malin petit tailleur et vengeant l’affront du brexit. On se croira à Nice un soir de quatorze juillet ! Il me semble qu’on sous-estime la valeur d’émulation des attentats récents et moins récents : ça donne envie de passer aux actes, pour un oui pour un non,, du moins à des allumés dans mon genre, soucieux de finir en beauté, dans un violent accès de rigolade sanglante. Bien sûr, je me réclamerai de Daech, imposant toutefois une nouvelle signification à l’acronyme, quelque chose comme  » Démoniaque Association Excessivement Criminelle Hi (hi hi) « . En effet, je ne suis pas moujoulman mais fort athéistique tique. On va voir ce qu’on va voir. A moi les actus de France 2, histoire de fêter le départ de Pujadas. « 


A ses yeux, ce n’était là qu’une blague de potache qui ne tirait pas à conséquence. Amateur de saillies humiaouristiques d’un goût douteux, il n’était pas mécontent de celle-là.


Le lendemain matin, traînant le caddie où il empilait ses courses, il partit faire son marché. Bien sûr, la scénic resta sur son parking. Dès les premiers beaux jours, se garer dans le village les jours de marché devient quasiment impossible, tant affluent les touristes avides de pittoresque local.


Il ne prit guère garde au fait qu’au-dessus de lui, un hélicoptère de la gendarmerie tournait avec constance dans le ciel bleu. Il ne nota pas non plus que, depuis quelques minutes, trois individus lui avaient emboîté le pas, se tenant à quelque distance. Ils se rapprochèrent peu à peu et, au moment où il débouchait sur l’artère populeuse où se tenait le marché, lui sautèrent sur le râble et l’immobilisèrent au sol, un pistolet sur la tempe. De l’hélico en vol stationnaire au-dessus descendirent en rappel une douzaine de costauds armés de mitraillettes.

Dans son sac à dos, on trouva effectivement un couteau, celui qui lui servait, dans ses randonnées, à couper son fromage et son pain, et un disque des Quatre Barbus, un groupe que, dans sa jeunesse, il avait beaucoup admiré. Il n’en fallut pas plus pour qu’il se retrouve au siège de la gendarmerie, pour une garde à vue qui, d’emblée, s’annonça  musclée.

C’est que, depuis la prolongation ad libitum de l’état d’urgence et la mise sur la touche des juges, dessaisis de leurs prérogatives au profit des policiers pour des raisons d’efficacité, on pouvait assister ( ou plutôt, on ne pouvait pas ) à des interrogatoires dont l’allure virile ne le cédait en rien à ce qu’on avait connu aux bons vieux temps de la bataille d’Alger, ou, plus anciennement, de la rue Lauriston. Il y eut droit d’emblée.

 » Cependant, un grand rustre d’agent par dessus son épaule lui disait :  » Ecoutez, je n’y peux rien. C’est l’ordre. Si vous ne parlez pas dans l’appareil, je cogne. C’est entendu ? Avouez ! Vous êtes prévenu. Si je ne vous entends pas, je cogne. » « 

Selon les époques, l’humiaour potache n’est pas toléré avec la même indulgence. Et, question humiaour, à voir la tête des gens dans la rue, on voyait bien qu’on était dans une période sans.

Henri MichauxUn certain Plume   ( Gallimard )

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On est toujours le barbare de quelqu’un

Le terme de barbare est étroitement corrélé à la langue.  Le mot grec barbaros désigne, à l’origine, celui dont on ne comprend pas la langue. Barbaros, en effet,  n’est pas autre chose qu’une onomatopée. Le barbare, c’est celui qui « baragouine » (c’est le cas d’employer ce mot) un sabir dont on ne comprend pas le sens et qui évoque les émissions vocales des animaux. A l’origine, le mot suggère donc l’appartenance des barbares à une vague sous-humanité ; employer le mot de barbares, c’est donc exclure du genre humain ceux qu’on désigne par là.
Sur  le site de La République des livres, Roméo Fratti, à propos  des Misérables, considère manifestement que des personnages comme les Thénardier, ou Jean Valjean lui-même avant sa « rédemption » consécutive à sa rencontre avec Mgr Myriel, sont tombés dans la barbarie. Si l’on s’en tient à la signification étymologique du mot barbare, les Thénardier sont loin d’être des barbares ; le mari surtout, qui, à plusieurs reprises, fait étalage de son habileté à manier le français le plus châtié. Je doute fort, quant à moi, que dans Les Misérables, Hugo ait employé les mots barbare et barbarie. Même s’ils sont tout au bas de l’échelle sociale, même si leur déchéance est manifeste, ils ne sont en rien des barbares au sens où les anciens Grecs l’entendaient ; ils  font partie de la société des humains.

» Le barbare, écrit Claude Lévi-Strauss dans Race et histoire (ouvrage publié peu après 1945), c’est d’abord celui qui croit à la barbarie « . Cette assertion m’a longtemps étonné. J’avais tort. Certes, elle s’éclaire par les intentions de l’auteur dans l’ouvrage ( dénoncer, notamment, le complexe de supériorité ethnocentriste des Occidentaux ). Aujourd’hui, nous utilisons couramment les termes de  barbare  et de barbarie pour dénoncer les crimes nazis, les actes de cruauté gratuite sur les humains et les animaux, les assassinats terroristes. Nos médias, nos hommes politiques, font de ces termes un usage pléthorique, souvent, sans doute, inconsidéré, dans la mesure où l’affectif supplante largement le rationnel.

On peut donc dire que la notion de barbarie a fait un retour en force à partir du milieu du XXe siècle et nos contemporains croient, pour la plupart, à la barbarie, s’exposant ainsi à la critique de Lévi-Strauss, puisqu’ils ne prennent pas suffisamment garde au fait que ces termes suggèrent que ceux qui agissent, à leurs yeux, en « barbares » s’excluent du genre humain pour rejoindre une sorte de sous-humanité. Utiliser inconsidérément ces termes implique donc qu’on s’expose à de redoutables contradictions. Avons-nous le droit d’exclure — ne serait-ce que symboliquement — de l’humanité d’autres humains pour la raison que leurs actes nous révulsent ?

 

 » Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère « , écrit Baudelaire au début des Fleurs du mal. Il faut nous y résoudre. Tous ces barbares, nous devons les considérer comme nos semblables, nos frères. S’ils portent la « barbarie » en eux, alors nous la portons aussi.

Croire aux barbares et à la barbarie, c’est cliver irrémédiablement le genre humain. L’assertion de Lévi-Strauss garde toute sa pertinence.

 

 

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Un caducée bien vivant

Attribut du dieu Hermès dans la mythologie grecque, le caducée représente un bâton entouré de deux serpents entrelacés. Le caducée était censé guérir les morsures de serpents. Son pouvoir était donc apotropaïque. Toutefois, la signification de cette représentation est ambiguë. On sait en effet que deux serpents entrelacés sont en train de s’accoupler. Leur image pourrait donc être un symbole de vie et de vigueur sexuelle.

Voici un caducée bien vivant photographié récemment dans la garrigue du Haut-Var. Précisons que les deux partenaires sont des couleuvres.

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Apprendre le mallarmé

Dans Le Tombeau d’Edgar Poe, Mallarmé loue le poète américain d’avoir travaillé à  » donner un sens plus pur aux mots de la tribu « . C’est plutôt dans les poèmes de Poe, en langue originale, que dans ses récits, que le lecteur peut prendre la mesure de cet effort. Rappelons que Mallarmé a lui-même traduit ses poèmes en prose. Je ne sais ce que pensent de son travail les traducteurs de l’américain, mais il est certain que les traductions de Mallarmé cherchent justement à proposer un équivalent des singularités de la langue du poète américain et, du même coup, de la signification et de la beauté originales de ses textes.

En disant cela de Poe, Mallarmé donne une idée assez claire de sa propre ambition. Il s’agit pour lui aussi de donner un sens autre aux mots de la tribu, en prenant constamment ses distances à l’égard des usages de la langue commune, qu’il s’agisse du sens des mots, de leur ordre dans la phrase, de la syntaxe. Forger, en somme, un autre français, seul moyen, à ses yeux, d’exprimer l’originalité de sa pensée et de son esthétique.

Un exemple simple, parmi tant d’autres, de ce travail nous est donné, dans Le vierge, le vivace…, un de ses poèmes les plus accessibles, par le vers qui dit (il s’agit du cygne) :

Magnifique mais qui sans espoir se délivre .

Ce « sans espoir se délivre »  ressemble fort à un oxymore porteur d’une belle contradiction ; habituellement en effet, la délivrance implique  l’espoir. Pour résoudre la contradiction et atteindre le sens (probable, car Mallarmé ne nous a pas donné la clé), il peut être utile de se rappeler que le poète fait un usage fréquent des latinismes.  » Se délivre  » a probablement ici une valeur conative, usuelle en latin dans les temps de l’infectum (présent et imparfait) mais absente de la syntaxe du français ( pour donner une valeur d’effort à un verbe, il faut le mettre à l’infinitif, précédé d’un verbe tel que « s’efforcer de » ou « tenter de » ). Ainsi « sans espoir se délivre » signifierait « sans espoir cherche à se délivrer », ce qui ferait disparaître la contradiction.

Un autre exemple de cette tension entre le français courant et le français mallarméen nous est donné un peu plus loin dans le même poème par :

Il s’immobilise au songe froid de mépris .

L’ordre des mots rend possible ici plusieurs traductions en français « courant ». Bien sûr , la difficulté est ici bien moindre que dans d’autres textes, tels que le célèbre Un coup de dés… , Victorieusement fui le suicide beau…, Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx…,  etc.

La position de Mallarmé poète à l’égard de la langue est au fond l’inverse de la position des classiques, telle qu’elle prévaudra jusqu’à lui ; elle est définie, entre autres, par les deux vers de l’Art poétique de Boileau :

Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement

Et les mots pour le dire arrivent aisément .

L’idéal que Boileau propose au poète et, plus généralement à l’écrivain, est de faire de sa langue un usage clair et distinct, conforme aux règles puériles et honnêtes du bon usage, de façon à se faire comprendre, idéalement, de tous ; au moins de tous les honnêtes gens, dont il est supposé faire partie.

Cet idéal est radicalement récusé par Mallarmé, dont l’éthique et l’esthétique en matière de langage poétique sont à l’opposé de l’idéal des classiques. Le poème, étant l’expression de l’irréductible singularité de celui qui le compose, de son originalité, de son apport d’inventeur, ne saurait se satisfaire de l’usage scolaire, académique et sage de la langue courante. Il faut forcer la langue à exprimer ce qu’elle n’a encore jamais exprimé et, pour y parvenir, il faut en inventer une pratique radicalement inhabituelle.

Côté lecteur, cela implique une façon de lire opposée aux modes courants de la lecture. Le texte qu’il a à lire se présente systématiquement comme une énigme à déchiffrer. Il s’agit donc pour lui de s’arracher aux facilités d’une lecture guidée par les modèles du passé, les pratiques d’écriture canoniques ou simplement usuelles. La lecture qu’il doit pratiquer, c’est une lecture lente, difficile, curieuse, rêveuse, méditative, une lecture qui ne lui permettra cependant pas de résoudre à chaque fois les énigmes du texte ; une part de son mystère restera sans doute inviolée, jusqu’à la prochaine approche qui, peut-être, le résoudra, guidée, souvent, par les éléments musicaux du texte. Quoi qu’il en soit, le lecteur, confronté à un poème de Mallarmé est toujours un inventeur de sens, au sens archéologique du terme ; et la trouvaille suppose toujours un effort obstiné, ardu.

Il est clair que le lecteur qu’espère Mallarmé n’a rien à voir avec l’honnête homme des classiques, respectueux, autant que ses auteurs favoris, des règles du bon usage codifiées par l’Académie. Mallarmé ne peut compter que sur une poignée de happy few, encore bien plus few que ceux de Stendhal.

Est-il besoin de rappeler que la mallarméenne façon de comprendre et de pratiquer l’écriture poétique ouvre les voies de toute une partie de la poésie à partir du début du XXe siècle ?

Il faudra attendre Joyce et son Finnegan’s wake pour voir un écrivain pousser plus loin son ambition que Mallarmé : Joyce y invente en effet une langue qui n’est  plus sa langue maternelle et qui ne convient qu’à lui, ne peut-être utilisée que par lui. Il est vrai que Mallarmé, avec son fameux ptyx, était déjà sur la voie.

Hier soir, relisant Un coup de dés , j’eus cette sortie :  » décidément, Mallarmé, j’y bite que dalle « .

J’y bite que dalle ? Peut-être Mallarmé eût-il compris cette expression comme un effort pour donner un sens plus pur aux mots de la tribu !

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Revoir Thonon-les-Bains

Reverrai-je Thonon-les-Bains ? J’en doute . J’ai aussi peu de chances de retourner me promener sur les rives du Léman que d’arpenter les plages de Vendée ou les sentiers du Queyras. Il faut sans doute s’accommoder du jamais plus avec le sourire, un sourire facilité par la remontée des souvenirs.

Et des souvenirs associés à Thonon-les-Bains, Dieu sait si j’en ai. Pendant quatre ans, de 1993 à 1996, mes élèves et moi y passâmes quelques jours, à la fin de ces mois de mai. A l’époque avait lieu à Thonon-les-Bains un festival national de théâtre lycéen, où des groupes venus des quatre coins de France présentaient leur travail. Nous eûmes cet honneur, quatre fois de suite. J’avais le goût de proposer à mes jeunes des projets ambitieux, sur des textes difficiles. Ils relevèrent chaque fois le défi avec brio. En 1993, ce fut Jacques ou la soumission, d’Eugène Ionesco. L’année suivante, nous présentâmes le spectacle dont je suis sans doute le plus fier ; il s’agissait, sous le titre Désir aboie dans le noir, d’un montage de textes de Henri Michaux. En 1995, nous jouâmes L’Atelier volant, de Valère Novarina, en présence de son auteur. Il eut la bonté de confier à un journaliste qu’il avait mieux compris certains moments de son texte en nous voyant le jouer. J’ai eu l’humilité de me dire que c’était parce que nous l’avions mal joué. Humilité excessive, peut-être, mais je n’ai pas eu l’occasion de l’interroger pour en avoir le coeur net. En 1996, des difficultés de fonctionnement nous permirent de présenter seulement un montage de textes de divers auteurs, sous le titre Personne ne nous empêchera d’exister. Titre prémonitoire ? Optimiste en tout cas. J’ai toujours aimé faire interpréter à mes jeunes des textes qui n’avaient pas été écrits pour le théâtre et, quand mon souvenir me fait revoir notre interprétation, sur la scène de Thonon,  de tel passage des Carnets du sous-sol, de Dostoïevski, l’émotion m’étreint.

En 1994, l’année où nous jouâmes Michaux à Thonon, un jeune homme de seize ans brillait dans la distribution des pièces que montait Brigitte, son professeur de lettres, qui lui confiait des rôles importants et difficiles. C’était dans une ville de France très éloignée de la nôtre. Plus tard, ils se sont mariés. Il s’appelle Emmanuel Macron. Peut-être les avons-nous croisés à Thonon-les-Bains. Si ce fut le cas, tout l’honneur aurait été pour nous.

Jacques ou la soumission, d’Eugène Ionesco
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Viva el Presidente !

On s’en souvient : l’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République fut saluée par un vaste concert d’éloges admiratifs émanant de la plupart des hommes politiques, de nombreuses personnalités en vue et d’un très grand nombre de citoyens. L’ascension fulgurante de ce brillant jeune homme de 39 ans sidéra les Français, que sa personnalité et son programme avait irrésistiblement séduits. On savait peu de choses de lui, au fond, hormis ce qu’il en disait, mais ce qu’on savait ou croyait savoir nourrissait de grandes espérances.

Pourtant, dès le lendemain de son élection, à l’appel d’organisations syndicales et de partis de gauche, une manifestation  regroupa des milliers de personnes à Paris. Il s’agissait de mettre en garde le nouveau président contre la tentation d’user des ordonnances pour imposer ses réformes, jugées par eux antisociales, comme celle du code du travail.

Pendant les quelques jours qui suivirent, personne n’aperçut le nouveau président. On supposa que, retranché dans son bureau, il planchait sur les dossiers. Il y eut bien un employé de l’aéroport de Roissy qui prétendit l’avoir aperçu descendant incognito d’un avion en provenance d’Ankara, mais que serait-il allé faire là-bas, je vous le demande ?

Pourtant, quinze jours pétantes après l’élection, la première ordonnance fut promulguée. Elle concernait la réforme du code du travail, dont les dispositions se trouvaient fortement durcies par rapport aux annonces du candidat. Notamment, les indemnités prévues en cas de licenciement étaient carrément supprimées.

La réponse ne se fit pas attendre, Dès le surlendemain, des manifestations monstres étaient déclenchées dans les rues des grandes villes à l’appel des organisations syndicales et des partis de gauche. Comme on pouvait s’y attendre, des débordements eurent lieu.

Mais les forces de l’ordre avaient reçu des consignes sévères. Contre les émeutiers et les manifestants, elles tirèrent à balles réelles et  à la mitrailleuse.

On déplora des milliers (certains disent des dizaines de milliers) de victimes. Dans la nuit qui suivit, les responsables nationaux et régionaux de la CGT, de FO, du Parti Communiste et, bien entendu, du parti de Jean-Luc Mélenchon ( à commencer par ce vil crétin ) furent arrêtés. Dès le lendemain, lesdites organisations furent interdites. Quelques semaines plus tard, les mutins furent traduits devant des cours spéciales, sous l’accusation de haute trahison. La peine de mort ayant été rétablie par ordonnance, Jean-Luc Mélenchon et quelques autres responsables en vue furent pendus haut et court.

L’état de siège et la loi martiale furent décrété pour une durée indéterminée. A ce jour, cet état d’exception est toujours en vigueur.

Les méthodes énergiques du Président Macron, notamment dans le lutte contre le terrorisme, les organisations anti-nationales, les pédés etc., ne tardèrent pas à lui valoir les félicitations et les encouragements des Présidents Trump, Poutine et, bien entendu, Erdogan, son mentor.

Quelques mois plus tard une nouvelle ordonnance proclamait le départ de la France de l’Union Européenne. La monnaie nationale était rétablie.

La suite n’étonnera personne : le Front National et le mouvement présidentiel, rebaptisé « La République en marche », fusionnèrent. Marine Le Pen fut nommée Premier Ministre.

Depuis la canonisation de Brigitte ( au 75 sans recul ) consécutive à sa tentative de putsch, dit  » des nonagénaires  » (avec Bayrou et Villepin ), le Président Macron, vieillissant, ne peut se défendre d’une défiance qui le conduit à pratiquer des purges régulières. Il vient pourtant de faire désigner par l’Assemblée comme son successeur le jeune Emmanuel Macron Jr. Cependant, la proclamation officielle n’aura lieu qu’après le retour du Président, en visite officielle en Corée du Nord. Mort trop tôt, le président Trump n’a pu manifester  sa réprobation.

Proclamé Sauveur de la Patrie et Grand Pépère du Peuple, Emmanuel Macron ne manque pas de se gausser des accusations de ses opposants selon qui, si la France est aujourd’hui dans un état catastrophique, c’est à lui seul qu’elle le doit.   » La France va mal, dites-vous, ricane-t-il. Qu’à cela ne tienne : je m’en vas lui faire une ordonnance .  »

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Contre Macron contre l’Ennemi

Que la confidence que je vais vous faire reste strictement entre nous : je viens d’être recruté par le staff d’une dame qui, par le moyen du suffrage universel, aspire aux plus hautes fonctions dans l’appareil de l’Etat. Compte tenu de mon expérience en la matière, j’ai été affecté à la Propagande. Illico, j’ai composé un chant de marche aux accents martiaux, dont je ne doute pas qu’il contribue à déchaîner  les enthousiasmes et à galvaniser les énergies. Le voici :

Contre Macron, contre l’Ennemi,

Partout où le devoir nous appe-e-lle,

Malgré le froid, malgré la pluie,

Nous remonterons vers les li-i-gnes.

Nationalistes, unis dans le combat,

Les macronistes,

J’en fais d’la bouillie pour  chats !

Poum poum poum poum

 

 

Je dois le reconnaître : la version originale de cet hymne, que les militants fr…….. de mon âge auront certainement reconnu, disait :

 

Contre le Rouge, contre l’Ennemi

[….]

Les communistes,

J’en fais d’la bouillie pour  chats. 

 

Quant à l’air, c’est celui d’un chant de marche en usage dans une célèbre unité spécialisée des forces allemandes entre 33 et 45.

 

C’était l’époque héroïque où les militants fr…….. accueillaient comme un éloge l’épithète de fascistes, lancées à eux par d’aucuns comme une injure, et faisaient à tout va dans un négationnisme de bon aloi. Le Parti, passé sous la houlette d’une héritière indigne, n’avait pas encore renié ses Valeurs.

C’est un certain Fr. D. , intrépide militant fr……. du début des années 60, qui m’apprit ce chant. Pourtant, nous ne partagions pas (en principe) les mêmes idées. Mais j’appréciais l’humour et le savoir de ce brillant étudiant, féru d’histoire, qui, peu de temps après, allait devenir l’idéologue quasi officiel de son parti et le confident de son fondateur, Jean-Marie … Jean-Marie… comment déjà ?…. C’est à cette sympathie mutuelle que le militant des étudiants communistes que j’étais alors dut de ne pas se faire casser la margoulette un matin que je proposais Clarté, l’organe de l’UEC, à l’entrée du métro Saint-Michel.  Fr. D., qui déboulait à la tête d’une équipe de nervis bien décidés à régler son compte au premier coco recontré, me reconnut et eut le temps d’avertir ses compagnons que celui-là, non, il ne pouvait décemment être question de casser la figure à un condisciple avec qui il prenait son petit dej.

J’eus le temps de le remercier en certifiant, quelques temps plus tard, aux policiers venus m’interroger (à sa demande) que j’étais sûr de l’avoir vu au lycée à une heure où, à la tête de son équipe de spécialistes, il était en train de casser la figure au fils d’un ex-ministre, futur ministre lui-même, sur le parvis d’un lycée rival du nôtre.

Puis nous nous perdîmes de vue. Il s’en alla enseigner l’histoire dans un collège de Normandie. Mais, à l’instar d’un ex-conseiller de Sarkozy, il avait pris l’habitude de renseigner des fiches sur ses petits camarades (ça peut toujours servir). Certains d’entre eux, paraît-il, s’en émurent. Un beau matin, en compagnie de son épouse et de ses enfants, il partit dans sa petite voiture faire des courses au plus proche supermarché. La sympathique famille n’arriva jamais à destination : une explosion télécommandée en fit de la bouillie pour chats.

 

Additum  ( 1er mai 2017) –

Un peu de sérieux, tout de même. J’ai écouté hier soir le double entretiens de Delahousse avec Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Après l’avalanche de belles, bonnes et creuses paroles débitées par la première, j’ai entendu des propos d’une éclatante intelligence, d’une éclatante lucidité, d’une éclatante sincérité. Et je me suis dit : il n’est même plus question de faire barrage au FN. Si celui-là n’est pas élu, les Français seront passés à côté d’une chance exceptionnelle. Depuis De Gaulle, on n’avait plus vu un candidat de ce niveau.

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